Phèdre est une tragédie en cinq actes, en vers, de Jean Racine, inspirée des oeuvres d'Euripide et de Sénèque. Phèdre fut créée par la troupe royale le premier janvier 1677 à l'hotel de bourgogne.

 Résumé de Phèdre par actes

Acte I: Hippolyte s’inquiète de l’absence silencieuse de son père Thésée et décide de partir à sa recherche, alors que Phèdre, qui l’aime en secret d’un amour incestueux, avoue enfin ce qui la détruit à Œnone. Elle s’apprête à mourir lorsqu’on vient lui annoncer la mort de son mari, Thésée. Il lui faut alors vivre pour préserver le droit à la couronne de son propre fils contre les revendications d’Hippolyte .

Acte II: Aricie, que la fureur de Thésée a contrainte à ne jamais prendre d’époux, est libérée de cette interdiction par Hippolyte qui lui révèle dans le même temps un amour qu’elle partage. Mais Phèdre déclare à Hippolyte son amour monstrueux et, dans un geste de désespoir, tente de se tuer avec son épée .

Acte III: Elle voudrait encore apitoyer Hippolyte en lui demandant de protéger son propre fils, mais le retour de Thésée est soudain annoncé. Œnone propose alors d’accuser Hippolyte du crime que Phèdre ne saurait porter aux yeux de son mari. La confusion qui règne à l’arrivée du roi provoque son inquiétude et ses soupçons .

Acte IV: Œnone accuse ainsi Hippolyte d’avoir outragé Phèdre, et Thésée, aveuglé par la douleur, demande à Neptune de le venger de ce fils indigne. Hippolyte, pour ne pas accuser Phèdre, met en avant son amour pour Aricie. En l’apprenant, Phèdre cède aux fureurs de la jalousie et abandonne le projet de sauver Hippolyte en s’accusant .

Acte V: Aricie, avant de suivre Hippolyte dans sa fuite, invite Thésée à ne pas accuser son fils trop promptement. Alors que le doute commence à ronger Thésée, il apprend successivement le suicide d’Œnone et la mort de son fils, dont Neptune, selon son propre souhait, s’est vengé. C’est alors que Phèdre, qui vient de s’empoi­sonner, lui avoue la vérité .

 

Analyse de la pièce 

► Une conscience janséniste de la fatalité.

Racine, même s’il s’est éloigné au cours de sa vie de Port- Royal, est toujours resté fidèle dans son œuvre à cette notion de fatalité propre aux jansénistes. En effet, pour eux, même si l’homme peut se battre et croire, il reste cependant prisonnier d’un destin qu’il ne contrôle pas et dont l’ultime ressort reste divin. C’est ce que ne cesse de proclamer Phèdre, en invoquant la lignée dont elle est la dernière descendante : « fille de Minos et de Pasiphaé », c’est-à-dire descendante de Jupiter et du Soleil, elle est maudite des dieux - et de Vénus en particulier - et doit expier une faute qui lui est antérieure.

C’est pourquoi la situation est pour elle inextricable et qu’elle s’apprête à mourir dès son entrée en scène :

Soleil, je te viens voir pour la dernière fois.

Elle sait qu'aucune action ne saurait infléchir un destin maîtrisé par les dieux :

Puisque Vénus le veut, de ce sang déplorable

Je péris la dernière et la plus misérable.

Phèdre est donc une tragédie qui se développe par degrés à par­tir d’un mouvement initial irréversible : en cela, elle est une tra­gédie de la fatalité. De la même manière, on peut lire la mort d’Hippolyte comme une action des dieux prouvant leur contrôle sur la vie des humains. Alors que Thésée regrette sa volonté de faire mourir son fils, il apprend que Neptune a accompli son pre­mier désir, signe que les hommes ne peuvent impunément confier leur destin aux dieux et qu'ils se trouvent ainsi enfermés en un lieu où le désir collabore avec la mort.

► Des passions troubles

Conformément à la structure tragique, l’amour dans Phèdre s’exaspère d’autant plus qu’il est interdit. Interdit par le pouvoir pour Aricie, selon un schéma éprouvé, mais interdit surtout par la loi morale en ce qui concerne Phèdre. Or, à la jonction de ces deux interdits figure le personnage de Thésée, d’autant plus redouté qu’il est absent ; un temps, les personnages pensent pou­voir s’en affranchir, mais son retour précipite la catastrophe, de sorte qu’il semble qu’on puisse voir dans ce personnage, plus que la figure du Père, celle de la Loi qui revêt ici la forme spécifique du tabou. Or, cette assimilation n’est assurément pas fortuite, puisque c’est précisément cet homme du désir qui va représenter l’interdiction même du désir. Mais la Loi ici masque sous l’appa­rence de l’Ordre un dysfonctionnement qu’il faut situer en amont, lors de la liaison de Thésée avec Arianne, répudiée pour sa sœur, amorçant ainsi une situation incestueuse que celle-ci va à son tour actualiser. De sorte que, sous la malédiction qui frappe Phèdre peut également se lire le dénouement tragique du détraque­ment de l’économie du désir suscité par Thésée lui-même. C'est donc logiquement que son propre fils (c’est-à-dire le fruit de son désir) doit mourir par l’ordre qu’il donne, mis à mort par son père par l’entremise du dieu, en annulant ainsi sa descendance : la faute originelle a été liquidée. Seul sur la scène à la fin, Thésée n’est plus que cette coquille vide ravagée par le désir vicié qu’il avait lui-même institué, tel un autre roi Lear, par-delà les différences esthétiques séparant Racine et Shakespeare.

► Un langage tout-puissant

Dans cette tragédie, il semble aussi difficile de parler que de se taire. Hippolyte, en taisant son amour pour Aricie, pousse Phèdre à déclarer sa passion monstrueuse ; mais lorsque celui-ci avoue à Thésée cet amour, il provoque la fureur jalouse de Phèdre, ce qui l’empêche d’être innocenté. C’est que le langage semble avoir ici une toute-puissance sur les êtres : il les ronge, les obsède et les pousse à la faute. Phèdre venait parler de son fils à Hippolyte, mais, en évoquant son mari, dérape par lapsus sur sa passion incestueuse, comme si les mots l’avaient forcée à explici­ter ce qu’elle portait en elle.

De même, on peut dire que Phèdre est une des seules tragé­dies où les mots désignent exactement ce qu’ils signifient : lorsque Phèdre dit qu’elle brûle, qu’elle faiblit d’amour à la vue d’Hip­polyte, l’expression est à prendre ici au pied de la lettre, et non dans une acception figurée. Les métaphores galantes sont ici incarnées douloureusement, dans un renouveau tragique du lan­gage amoureux. D’ailleurs, pour ne pas en douter. Racine nous donne une des - très rares - didascalies de son théâtre pour signifier l’état de Phèdre : à peine entrée, Phèdre « s’assied », ployant sous le poids de ses « genoux tremblants » ; le poids de sa conscience malade est ainsi redoublé par un corps supplicié, véritable miroir d’un martyre qu’elle ne peut dissimuler.

La force de cette tragédie réside ainsi dans l’utilisation plénière du langage, qui refuse de faire du théâtre le lieu abstrait de senti­ments topiques.

 

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