Comparaison et métaphore sont des figures de style qui servent à créer des images. Mais comment les mots, qui se lisent ou s'entendent; peuvent-ils servir à former des images, qui s'imaginent ?

COMPARAISON ET MÉTAPHORE : REPÉRAGE ET DÉFINITION

La comparaison et la métaphore rapprochent deux champs lexicaux (module 4) en met­tant en évidence un élément qui leur est commun.

Exemple: « La nuit noire était doublée de gel, comme le satin blanc sous un habit de soirée. » (Texte de Gracq ci-dessous, ligne 3)

 

Nature Couleur Homme (vêtement)
"nuit noire, gel" "noire", "blanc" "satin, habit"

 

La comparaison

Pour qu'il y ait comparaison, trois éléments sont nécessaires :

 

Le comparé Un outil de comparaison le comparant
La nuit
  • Une préposition: comme
  • Une locution : de même, plus...que, moins...que, aussi...que, ainsi...que
  • Un adjectif: semblable à, tel que, pareil à...
  • un verbe: ressembler à, sembler, faire penser à, on dirait que...
un habit

 

La métaphore

C'est une comparaison sans outil de comparaison. Elle se signale par un écart dans l'énoncé, par une incompatibilité logique entre les termes de l'énoncé (le nom et son complément, le nom et son épithète, le sujet et son verbe, le verbe et son complément).

  • La métaphore est annoncée : le comparé et le comparant sont tous deux présents dans l'énoncé et sont liés grammaticalement. Exemple : « Les steppes de neige des nappes blanches » (Texte de Gracq ci-dessous, ligne 5).
  • La métaphore est directe : rien n'annonce l'entrée dans une autre réalité. Le comparé est absent de l'énoncé. Exemple : « Des mains frisées couraient de toutes parts » : le comparé = le vent (ligne 4).

FONCTIONNEMENT ET EMPLOI 

Images et jeu avec le langage

La comparaison crée des images en mettant deux domaines différents en parallèle. Elle suit un processus logique et s'adresse plutôt à l'imagination.

La métaphore joue avec le langage : avec les mots, elle crée des correspondances inédites, impossibles dans la réalité. C'est le propre de la langue poétique. La métaphore en est même un indice fondamental quand la versification disparaît. L'image créée est plus dense et s'adresse plutôt à la sensibilité. La métaphore directe est souvent à la base du fantastique.

La métaphore filée

Une comparaison ou une métaphore introduisent dans un texte les termes d'un réseau lexical. D'autres termes du même réseau (module 4) peuvent apparaître au cours du para­graphe 4, du chapitre ou du roman, de la strophe ou du poème. On dit que la métaphore est filée. Exemple : Dans le texte de Julien Gracq, « lac de glace », « étangs gelés », « l'eau verte et dormante de ces glaces » = le thème de la mort. Dans le texte d'Aragon, les termes en italique développent l'image du bras de l'amant comparé à une prison.

Emploi de la comparaison et de la métaphore

La comparaison et la métaphore sont des procédés très vivants et caractérisent aussi bien la langue parlée que la langue littéraire. Leur force réside dans leur nouveauté ; si elles se répètent d'auteur en auteur, elles s'usent, se lexicalisent ou deviennent clichés. Par contre, une expression lexicalisée ou un cliché peuvent être renouvelés si on déplace ou réactive l'un de leurs termes. Exemple ; « Les steppes de neige des nappes blanches » inversent le cliché de la neige comparée à une toile blanche.

COMPARAISON ET MÉTAPHORE : EXERCICES

Exercice 1 : identifier une comparaison

Dans les comparaisons suivantes, identifiez le comparé, l'outil de comparaison et le comparant. Trouvez le point commun qui justifie la comparaison.

  1. « Je suis rouge comme un bœuf écorché. » Sartre
  1. « Les éclairs fusaient de la terre comme des jets d’eau. » Giono
  1. « Les lèvres, pareilles aux bords d’un vase d’opaline, étaient disjointes. »  Vercors
  2. « L'azur du ciel est moins beau que le bleu de tes yeux ; le chant des bengalis, moins doux que le son de ta voix. » Bernardin de Saint-Pierre
  1. « Un chien noir, allongé à l’ombre d’un kiosque autant qu’il est possible à un chien d’être allongé, c’est-à-dire beaucoup, ressemblait à une tache de mazout ou de sang noir. »   Belletto
  2. « Le rêve de l’homme est semblable / Aux illusions de la mer. » Toulet
  1. « A huit heures du matin, la lassitude, telle du plomb fondu, s’était coagulée dans les veines. »  Wiesel
  2. « Ce fut dès lors celui que je prétendis découvrir : l’être authentique, le “vieil homme”, celui dont ne voulait plus l’Évangile ; celui que tout, autour de moi, livres, maîtres, parents, et que moi-même avions tâché d’abord de suppri­mer. [... ] Et je me comparais aux palimpsestes. » Gide
  3. « Avec son long nez, les trous de ses joues, elle faisait songer à une pondeuse sur son nid, les plumes gonflées, l’œil mi-somnolent, mi-inquiet. »  Arland

Exercice 2: la comparaison développée

Les phrases suivantes contiennent une comparaison. La comparaison est développée par d'autres termes de l'énoncé. Analysez la comparaison et trouvez ces autres termes.

  1. « Le soleil tombait sur la nuque comme un poids de feu, les naïls (babouches) ne pouvaient s’arracher des braises du sable. » Peyré
  1. « Alors, par-dessus leurs gardes, les condamnés ten­daient leurs bras à leurs amis. On eût dit une nacelle surchargée qui va faire naufrage et que du bord on veut sauver. [...] A chacune de ces grandes marées d’hommes, la charrette se balançait sur ses roues comme un vaisseau sur ses ancres. » Vigny
  1. « La cathédrale explique tout, a tout enfanté et conserve tout. Elle est la mère, la reine, énorme au milieu du petit tas des maisons basses, pareilles à une couvée abritée frileusement sous ses ailes de pierre. » Zola
  1. « Et j’appris peu à peu bien d’autres choses, qui fai­saient de la maison Heurtevent un lieu brûlant, à l’odeur forte, autour duquel, quoique j’en eusse, mon imagina­tion, comme une mouche à viande, tournoyait. » Gide 
  2. « Titubant devant le portrait, Lambert sentait monter en lui une boule qui s’amplifiait, s’épanouissait, déferlait comme une vague, un de ces rouleaux atlantiques qui balaient, lavent, détruisent et laissent en se retirant des cœurs purifiés, blancs comme des os de seiche. » Page

Exercice 3 :analyse d'une métaphore

Repérez, puis analysez chaque métaphore et relevez les termes qui la développent.

  1. « C’est à ma taille aussi que j’avais taillé mon bonheur, m’écriai-je ; mais j’ai grandi ; à présent mon bonheur me serre ; parfois, j’en suis presque étranglé... » Gide
  1. « Quand les chevaux du Temps s’arrêtent à ma porte J’hésite un peu toujours à les regarder boire Puisque c’est de mon sang qu’ils étanchent leur soif. » Supervielle
  1. « La Lune, qui est le caprice même, regarda par la fenêtre pendant que tu dormais dans ton berceau, et se dit : “Cette enfant me plaît.” Et elle descendit moelleusement son escalier de nuages et passa sans bruit à travers les vitres. Puis elle s’étendit sur toi avec la tendresse souple d’une mère, et elle déposa ses couleurs sur ta face. » Baudelaire.

Exercice 4: métaphore annoncée ou directe

Dites si les métaphores suivantes sont annoncées ou directes. Trouvez le point commun qui établit l'analogie.

  1. « La fosse, plaie au flanc de la terre, est ouverte. » Hugo
  2. « Et les thermomètres eux-mêmes regagnaient l’ombre en couinant. » Belletto
  3. « Les grandes portes du réfectoire s’ouvrirent avec bruit et vomirent trois commissaires en habits sales et longs. » Vigny
  4. « L'aurore est un cheval / Qui, s'ébrouant, chasse au loin les corneilles. »   Norge
  5. « Étoile qui descends sur la verte colline, / Triste larme d’argent du manteau de la nuit. » Musset
  6. « Une grosse pivoine de sang au milieu de la poitrine. » Vautrin
  7. « Il nageait dans un aquarium d’anxiété. » Delay
  8. « Je vis les arbres s’éloigner en agitant leurs bras désespérés. »   Proust

Exercice 5: Comparaison, métaphore et réseaux lexicaux

  1. Les phrases suivantes, tirées de L'Escadron blanc de Joseph Peyré (Éd. Grasset), contiennent des comparaisons et des métaphores renvoyant au même réseau lexical. Analysez-les. (les pages renvoient à l'édition du Livre de Poche)
  2. Ces extraits montrent qu'une métaphore peut être filée sur tout un roman. Étudiez ses divers développements. En particulier, montrez comment l'image littéraire devient un élément dynamique.
  • « Escadron blanc, déjà largué comme un vaisseau, aucune voix ne parvenait plus à la terre. » (p. 41)
  • « Le lieutenant Kermeur entendit la prière et comprit la gravité de l’adieu : la dernière amarre était rompue. » (p. 48)
  • « La colonne n’était plus qu’un bateau perdu, tanguant dans le soleil, livré à ses forces et à son destin. » (p. 48)
  • « Les deux caravanes avaient-elles plus de chances de se rencontrer que deux navires en mer ? Kermeur venait à en douter, mais il n’osait pas demander à Marçay quel rumb ils allaient suivre sur l’océan sans route. » (p. 63)
  • « Vers l’ouest, le reg encore s’étendait, couleur de soleil mort. Mais il fonçait de minute en minute, comme une mer qu’un grain noircit. » (p. 89)
  • « Kermeur vit les guides entrer dans le lac qui noyait l’horizon et il crut à une hallucination du délire. [... ] Les guides et leurs montures se réfléchissaient en effet sur les eaux du mirage. » (p. 94)
  • « Le supplice de la soif commença. [... ] Le lieutenant Marçay maîtrisa sa soif jusqu’au bout, pour essayer de contenir le désordre, comme un officier de pont à l’heure du naufrage où l’on met les embarcations à la mer. » (p. 224 et 230)

Exercice 6: analyser l'image de la nuit

L'image de la nuit est introduite par des comparaisons et des métaphores. Identifiez- les, analysez-les et dites pourquoi la compa­raison est à la forme négative.

« Cette grande illusion noire suit la mode, et les variations sensibles de ses esclaves. La nuit de nos villes ne ressemble plus à cette clameur des chiens des ténèbres latines, ni à la chauve-souris du Moyen Age, ni à cette image des douleurs qui est la nuit de la Renais­sance. C’est un monstre immense de tôle, percé mille fois de couteaux. Le sang de la nuit moderne est une lumière chantante. »

Aragon, Paysan de Paris

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