Les fourberies de Scapin est une comédie en prose de Molière.  Elle a été créée pour la première fois au théâtre du Palais Royal en 1671 . Elle appartient à la tradition de la comédie italienne pratiquée avec brio par Molière à ses débuts mais elle fut produite après les grandes pièces du dramaturge : le Tartuffe (1664), Dom Juan (1665), le Misanthrope (1666) .

RESUMÉ DES FOURBERIES DE SCAPIN

Acte I. Après un voyage, Argante et Géronte rentrent à Naples, où ils ont laissé leurs fils Octave et Léandre sous la garde de Sylvestre et de Scapin. En leur absence, Octave a épousé Hyacinthe, et Léandre est tombé amoureux d’une Égyptienne, Zerbinette. Or, Argante veut qu’Octave épouse la fille que Géronte a eue d’un second mariage. Scapin accepte d’aider Octave et Hyacinthe. Il tente d’adoucir le père furieux en faisant allusion à Léandre, qui aurait fait pire encore.

Acte II.  Argante s’empresse d’inquiéter Géronte sur le comportement de son fils. Géronte repousse alors Léandre en accusant Scapin de lui avoir révélé son inconduite. C’est pourquoi Léandre veut châtier Scapin, mais Zerbinette rencontrant des difficultés, il le supplie finalement de l’aider : il a besoin de 500 écus. 200 pistoles sont aussi nécessaires à Octave. Scapin soutire cette somme à Argante, en prétextant que cet argent sert à briser le mariage contracté par son fils. Il obtient plus difficilement les 500 de Géronte, afin de libérer Léandre, prétendument retenu par des Turcs.

Acte III.  Mais Scapin veut se venger de Géronte, qui l’a dénoncé auprès de son fils ; une fois le vieillard dans un sac, il le frappe énergiquement. De plus, la fille que Géronte avait fait venir a sombré dans un naufrage. En réalité, cette fille n’est autre que Hyacinthe, et le mariage d’Octave est sauvé. Argante reconnaît alors Zerbinette comme étant sa fille, enlevée enfant par des Égyptiens. Léandre est donc libre de l’aimer à son tour. Revient ensuite Scapin qui, se faisant passer pour mourant, convainc les vieillards de lui pardonner.

ANALYSE DE LA PIÈCE

  • Une remise en cause des vieux pouvoirs.

Par l’intervention providentielle du valet Scapin, Molière pro­pose un monde un instant harmonieux, dans lequel la jeunesse triomphe des interdits de la vieillesse. L’absence des pères permet en effet aux deux fils de trouver leur voie, mais seul Scapin par­vient à maintenir ce rêve une fois les pères rentrés. Il se fait donc le serviteur d’une vengeance des sentiments contre la froide rai­son. Mais son zèle va au-delà du simple service, et la cruauté qu’il met dans chacune de ses actions est le signe d’une vengeance qui dépasse la simple factualité. En bâtonnant Géronte et en l’hu­miliant devant ses pairs lors de la scène finale, il instaure une rébellion qui constitue une transgression de l’ordre social. Mais Molière, par les coups de théâtre finaux, véritables scènes topi­ques de reconnaissance, qui réconcilient les pères avec les fils indépendamment de l’action de Scapin, nous rappelle que tout cela n’a servi à rien. L’ordre n’est pas ébranlé, et finalement le hasard a fait ce que la prudence des pères avait délibéré.

  • Agir quand même.

Néanmoins, face à cette fatalité que Scapin connaît par expé­rience, il ne saurait pourtant s’arrêter d'agir. Son goût de la four­berie et son art virtuose le poussent à tout oser dans un style proche de celui de la commedia dell’arte. C’est ainsi qu’il devient le metteur en scène de toute une société, jouant avec les codifications derrière lesquelles chaque personnage se masque : il force le fils à prendre le rôle du père, prépare le valet à jouer le matamore, et à assumer ainsi son désir de puissance, pour transformer enfin le pouvoir, incarné par Géronte, en chose passive. Étouffé dans un sac, Géronte est en effet à la merci de la virtuosité de son bour­reau, qui lui donne en passant une leçon de théâtre. Ce que Géronte entend n'étant pas conforme à la réalité, il doit se rendre compte qu’il est, au même titre que le spectateur, le jouet d’une illusion subie. Ces démonstrations de maîtrise coûtent cependant plus chères à Scapin que le vol de l’argent : comme le lui dit Silvestre : « Prends garde à toi : les fils se pourraient bien raccommo­der avec les pères, et toi demeurer dans la nasse. » Car une fois les obstacles levés, le corps des maîtres se ressoude, abandonnant toute solidarité à l’égard du valet. D'ailleurs celui-ci le prévoyait, qui appliquait déjà ses leçons de cruauté sur Léandre en le volant, en le frappant, et en émettant publiquement des doutes quant à la réelle paternité de Géronte. Ainsi, Scapin connaît les interdits sociaux, mais dans un monde mort où les fils sont tétanisés par les mêmes peurs que les pères, il continue cependant à jouir du plaisir de la transgression.

 

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