Le Bourgeois Gentilhomme est une comédie-ballet de Molière en cinq actes et en prose. Elle fut représentée d’abord à Chambord le 14 octobre 1670, avant d’être jouée au théâtre du Palais-Royal le 29 novembre de la même année.

Résumé du Bourgeois Gentilhomme  

 Acte I : M. Jourdain, bourgeois de son état, souhaite devenir gentil­homme. Pour cela, il suit les leçons d’un maître de musique et d’un maître à danser, sans vraiment saisir la subtilité de leur enseignement

Acte II :   Arrive le maître d’armes, convaincu de la supériorité de son art. Le ton monte, mais le maître de philosophie les réconcilie par son arrogance : les trois le battent. Il apprend cependant à son élève comment se prononcent les lettres. Le maître tailleur vient parfaire cette métamorphose par un nouvel habit à la mode .

Acte III : Cet accoutrement provoque la colère de sa femme. De plus, les prêts octroyés au comte Dorante finissent de l’irriter. Celui-ci vient justement réclamer de l’argent et M. Jourdain s’exécute car Dorante favorise ses rencontres avec une marquise, Dorimène, dont il est amoureux. Mme Jourdain veut que sa fille Lucile épouse Cléonte. Mais son mari le repousse car il n'est pas gentil­homme. Dorimène arrive alors, persuadée de recevoir de Dorante ce que M. Jourdain lui offre.

Acte IV :  Mme Jourdain interrompt le festin donné par son mari à la marquise, et Covielle, le valet de Cléonte, déguisé, annonce alors à M. Jourdain que le fils du Grand Turc (Cléonte, lui aussi déguisé) souhaite épouser sa fille. Pour se rendre digne de cet honneur, le bourgeois doit devenir mamamouchi au cours d'une cérémonie burlesque.

Acte V :  Mme Jourdain et Lucile résistent à ce mariage, avant de reconnaître Covielle et Cléonte. Un ballet annonce le mariage du fils du Grand Turc avec Lucile, ainsi que celui de Dorante avec la marquise.

 

Analyse de la pièce

Une œuvre à la mode.

Répondant à une commande de Louis XIV, qui voulait dis­traire la cour lors d'un voyage à Chambord, Molière écrivit cette comédie-ballet avec l’aide de Lully, qui composa la musique et régla les danses. Le sujet était de circonstance, puisque le roi venait de recevoir à la cour un ambassadeur du Turc Soliman Aga. La mode était alors aux turqueries, et le travail de Molière consistait à intégrer cet élément nouveau à une structure plus tra­ditionnelle. Le schéma de la pièce reste classique : un père empêche par ses lubies le mariage de sa fille avec celui qu’elle aime. Mais les éléments de ballet sont intégrés avec finesse puisqu'ils ne sont pas, contrairement à d’autres comédies-ballets, plaqués sur l’œuvre ou amenés comme de simples intermèdes, mais intégrés à sa structure même. C’est ainsi que les ballets de danse, les démonstrations de musique et d’armes naissent de la folie des grandeurs qui frappe M. Jourdain. De même, et de façon plus convaincante encore, la cérémonie turque sert l’intrigue et ne l’illustre pas, puisqu’il s’agit bien par là de permettre le mariage final entre Lucile et Cléonte.

La satire sociale

Derrière les danses et les chants, Molière n’oublie pas le projet satirique de toute comédie. Le titre seul est déjà significatif : en accolant deux substantifs antinomiques, Molière donne dans cette expression oxymorique l’essence de la prétention de M. Jourdain. Celui-ci est donc ce bourgeois qui se pique de devenir gentil­homme, et de mimer pour ce faire tous les attributs de la noblesse. La critique est sévère car l’argent n'achète pas la prestance, et malgré des cours de chant, de danse, d’escrime, de philosophie, malgré un nouvel habit et l'espoir d’une riche maîtresse, M. Jourdain reste ce que la nature l’a fait, selon une conception immobiliste de la société divisée en castes rigides. Molière moque ainsi les nombreux bourgeois qui, de son temps, profitaient de leur enrichissement pour accéder à un degré social supérieur. Parallèlement, il fustige cette monarchie absolue mise en place par Louis XIV au moment où la noblesse n’était plus en mesure de subvenir à ses dépenses de cour extravagantes, et était contrainte, tout comme le monarque d’ailleurs, d’emprunter à une riche bourgeoisie marchande.

C’est précisément ce qu’effectue Dorante avec M. Jourdain, puisqu’il puise dans la richesse de ce dernier pour assurer son train de vie fastueux. La satire est ici d’autant plus cruelle que M. Jourdain se trouve à la convergence d’un faisceau de dérision : les professeurs, les amis, la maîtresse, et même la famille ridiculi­sent son aspiration à la grandeur. Tous les éléments comiques mis en place (la vaine répétition des démonstrations artistiques, la mascarade burlesque et le charabia turcs, dont le seul Jourdain reste dupe) le prennent pour cible unique. Il ne résiste à cette coalition que par la force de sa folie, qui lui permet de transfor­mer le monde selon ses rêves, centre ridicule autour duquel tour­noient, précisément comme dans une chorégraphie, les acteurs élaborés par ses fantasmes. Au souci de rigueur et de modestie s'oppose ainsi la puissance de l’imaginaire d’un homme capricieux.


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