Pièce en quatre actes de Beaumarchais, Le Barbier de Séville ou la Précaution inutile est produite en le premier volet d'une trilogie théâtrale de l'auteur, composée également du Mariage de Figaro (1784) et de La Mère coupable (1792). Elle raconte les aventures d'un valet nommé Figaro et de son maître, le comte Almaviva.

RÉSUMÉ DU BARBIER DE SÉVILLE

Acte I. Le comte Almaviva est venu à Séville par amour pour Rosine, jeune fille séquestrée par son tuteur Bartholo. Il rencontre son ancien valet Figaro, désormais barbier de Bartholo, et disposé à servir son amour. Rosine, ayant remarqué le comte, lui jette une lettre. Bartholo parti, le comte répond à Rosine en lui chantant une romance, dans laquelle il se présente comme le bachelier Lindor.

Acte II. Figaro se charge discrètement d’une lettre de Rosine pour Lindor, mais Bartholo soupçonne quelque intrigue, à cause de l’anéantissement physique dans lequel Figaro a plongé ses valets. Bazile lui annonce que le comte Almaviva est en ville pour séduire Rosine. Figaro révèle alors à Rosine que Bartholo veut l’épouser le lendemain. Arrive le comte, déguisé en cavalier saoul, qui vient réclamer un droit d’asile pour la nuit. Bartholo refuse, mais le comte arrive à donner une lettre à Rosine. L’ayant vue, Bartholo veut l’obtenir mais Rosine parvient à lui en substituer une autre.

Acte III. Le comte revient, prétextant remplacer Bazile pour le cours de chant de Rosine. Pour tromper la jalousie de Bartholo, il lui donne une lettre de Rosine, qu’il prétend tenir de Bazile. La leçon se transforme en chant d’amour. Figaro arrive et dérobe la clef de la jalousie, Lindor prévenant Rosine d’une visite nocturne. Survient Bazile, qui est repoussé par tous. Bartholo, furieux, surprend le manège des amoureux.

Acte IV.  Bazile avoue qu’il ne connaissait pas son remplaçant : Bar­tholo décide alors de se marier aussitôt. Il montre ensuite à Rosine la lettre que le bachelier lui a remise : elle provient du comte Almaviva. Rosine, surprise, se croit trompée et révèle à Bartholo l'enlèvement prévu pour la nuit même. Bartholo va chercher de l’aide, mais le comte avoue à Rosine sa véritable identité. Rosine tombe aussitôt dans ses bras, et le notaire convo­qué par Bartholo les marie, le tuteur récupérant cependant toute la fortune de sa pupille.

 

COMMENTAIRE DE LA PIÈCE

  • Une genèse difficile.

La pièce eut bien du mal à trouver un genre propre. La tradi­tion critique veut que Beaumarchais ait tout d’abord esquissé une parade, transformée peu après en opéra-comique. À partir de là, l’auteur conçut une comédie en quatre actes, qu'il agrémenta ensuite d'un dernier acte, afin de rattacher sa pièce au genre de la grande comédie en cinq actes. La critique des premières représen­tations ayant été mauvaise, Beaumarchais retrancha les éléments hétéroclites de l’œuvre, et la pièce fut jouée avec succès sous la forme dans laquelle elle paraît aujourd’hui.

Ces transformations sont encore sensibles : ainsi la musique, issue de l’opéra comique, n’est-elle pas ornementale, mais sert de manière fondamentale la structure de la pièce. Par le chant, Rosine et le comte trouvent en effet leur premier moyen de communica­tion puisqu’ils inventent un nouveau langage propre à déjouer la méfiance du barbon, personnage moliéresque par excellence. Alors que, pour ce dernier, la musique n’est qu’une distraction (il suffit de se rappeler sa chanson triviale pour s’en persuader), elle cons­titue pour les amants un mode d’expression privilégié, laissant une large part à l’improvisation et aux soupirs : le plaisir de dire est ici accru par le partage érotique d’un secret masqué par l’art. De même, on retrouve dans la pièce des éléments appartenant davan­tage au genre de l’opéra, comme ce morceau de bravoure de Bazile sur la calomnie (II, 8). Un tel développement nuit sans doute au rythme général et constitue une pause mal rattachée au reste de la structure, mais il permet un développement brillamment orchestré sur un sujet a priori austère. Il n’est d'ailleurs pas surprenant que Bazile utilise à ce moment précis un vocabulaire de technique musicale ; il illustre ainsi le genre lyrique rappelant la genèse de la pièce.

  • Le renouveau du genre comique.

Les attaques dont Le Barbier fut victime dénoncèrent surtout l’usage d’un comique hérité de la double influence italienne et espagnole, la part trop large faite au rire empêchant à l’époque le rattachement de la pièce au genre de la comédie. On la traite donc de farce, ce que Beaumarchais récuse avec vigueur dans sa Lettre modérée, véritable justification de son œuvre : « Le genre d’une pièce dépend moins du fond des choses que des caractères qui la mettent en œuvre. » Si le schéma de sa pièce (un vieillard amoureux se faisant souffler sa promise par un jeune amant plus adroit) peut convenir en effet au genre farcesque, il peut tout aussi aisément être utilisé dans le drame ou même dans la tragédie.

Or, Beaumarchais prétend renouer avec une tradition de comique pur, délaissée par le siècle au profit d’un comique plus subtil, moins cru. Il ne s’agit pas pour lui de copier ce qui a déjà été fait, notamment par Molière, mais de provoquer un écart entre les attendus d’un genre connu et le traitement qu’il en donne, en apportant des éléments neufs à un genre plus ancien. Les thèmes bourgeois du mérite mal récompensé par l’existence, et de la nécessité du mariage pour préserver la vertu des jeunes filles seront ainsi intégrés à une structure plus classique.

  • Le plaisir du verbe.

Renouant avec la comédie d’intrigue, Beaumarchais l’enrichit également d’un style enlevé et brillant, qui fait la part belle aux effets linguistiques. Figaro semble être le maître de ce ton nouveau qui sacrifie souvent l’intrigue au plaisir du bon mot. Fondé sur l’é­quivoque (« consulter un objet »), le jeu de mots, les accumula­tions malicieuses et les métaphores rabelaisiennes, son style témoigne d’une étonnante maîtrise du langage qui le distingue du valet de comédie classique. Lui-même ne donne-t-il pas une défi­nition de son ambition lorsqu’il commente ainsi ses vers : « Je voudrais finir par quelque chose de beau, de brillant, de scintil­lant, qui eût l’air d’une pensée » (I, 2) ? Cette conception ludique du langage est en outre servie par un style concis : les répliques s’enchaînent avec rapidité, faisant alterner apartés et discussion avec virtuosité. C’est ce rythme soutenu qui permet à l’auteur d'accumuler les intrigues et les développements annexes : les scè­nes de déclaration d’amour sont ainsi suivies par des scènes farcesques qui déconstruisent le climat préalablement instauré ; mais portés par la vitesse, les multiples revirements s’intègrent alors avec facilité dans la structure générale de la pièce.


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