I- La comédie : 

■ Histoire de la comédie

  • Dans l’Antiquité. La comédie a pour origine le culte de Dionysos, dieu de l’ivresse, et les festivi­tés au cours desquelles tous les excès étaient per­mis. Le Grec Aristophane (IVe siècle avant J.-C.) et, à Rome, Plaute et Térence (IIe siècle avant J.-C.) ont utilisé la comédie pour dénoncer la tyrannie, le pouvoir de l’argent, la vantardise.

  • Au Moyen Âge. La comédie se rattache à la Fête des Fous pendant laquelle les écoliers se ven­geaient de leurs maîtres en les ridiculisant.

  • Aux XVIIe et au XVIIIsiècles. Elle s’enrichit grâce à Molière et à l’influence de la Commedia dell’Arte : cette forme de théâtre, venue d’Italie, présente des personnages très typés par leur costume et leur masque (Arlequin, Scaramouche, Polichinelle, Pier­rot), improvisant des bouffonneries et des mots d’esprit. Au XVIIIe siècle, la comédie s’oriente vers l’analyse psychologique avec Marivaux et Beaumarchais.

  • Au XIXe siècle. La fin du siècle voit naître la comédie de boulevard, qui transpose sur le mode comique la vie bourgeoise, et le vaudeville, qui présente des intrigues enchevêtrées tournant autour de l’adultère.

  • Au XXe siècle. La comédie fait éclater les struc­tures traditionnelles. Mais elle renoue aussi avec des formes de comique anciennes : la farce chez Beckett ou Ionesco.

■ Caractéristiques et fonctions de la comédie

La comédie n’est pas soumise à des règles strictes comme la tragédie classique.

  • La structure : La place de l’exposition (Acte I), des péripéties (Actes II à IV), du dénouement (Acte V), est respectée par Molière dans ses grandes comédies, mais bientôt les auteurs pren­nent des libertés avec ces règles. Au XXe siècle, cette structure tend à disparaître. On a souvent une suite de « tableaux », et l’intrigue même est remise en question.

  • Le dénouement : Selon la doctrine classique, il doit être heureux : les bons sont récompensés, les ridicules échouent, les amoureux se marient, une intervention merveilleuse (Deus ex machina) vient réconcilier tout le monde, comme dans Amphi­tryon de Molière.

  • Les personnages : Ils sont issus de milieux bourgeois comme Arnolphe ou Orgon chez Molière. N’étant ni héros, ni rois, ni princes, iis ont des préoccupations banales : santé, argent, vie de famille, qui fournissent les res­sorts de l’intrigue.

  • La langue de la comédie : Elle se rapproche du langage parlé, bien qu’il y ait des comédies en vers (la plupart des comédies de Molière).
  • Les fonctions de la comédie : La première est de divertir. Molière affirmait qu’une comédie était bonne lorsqu’elle faisait rire les honnêtes gens. Mais la comédie fait rire du ridicule d’une société (Les Précieuses ridicules), ou des défauts humains (l’idée fixe d’Orgon dans Tar­tuffe). Elle a donc une fonction cri­tique. Elle se donne enfin un rôle pédagogique ou moral qui est, selon les mots de Molière, de corriger les vices des hommes. Les ressources du comique servent cet objectif.

■    Le comique au théâtre

  • Le comique des mots : Il naît de l’utilisation du langage. Le rire est déclenché par les répétitions (Le pauvre homme ! dans Tartuffe), les inventions verbales, les jeux ou les substitutions de mots, des accumu­lations.
  • Le comique de gestes : Il naît des mimiques, des déplacements, des jeux de scènes (le roi caché dans une armoire).
  • Le comique de situation : Il naît des circons­tances de l’intrigue. Les rebondissements, les qui­proquos provoquent le rire, comme dans l’École des femmes où Horace s’adresse sans le savoir à son propre rival.

  • Le comique de mœurs et de caractère : Une classe sociale, un milieu ou une mode sont la cible de la critique (l’hypocrisie mondaine dans Le Misan­thrope de Molière). Ou bien le tempé­rament et le comportement d’un personnage prê­tent à rire (la ruse de Scapin et la crédulité d’Argante). La comédie adapte au caractère spé­cifique du théâtre les procédés comiques analysés. 

 II- La tonalité comique 

■    Les différents comiques

Le comique est ce qui provoque le rire; il n'est pas toujours de même nature et il n'est pas propre à la comédie puisqu'il se manifeste dans des oeuvres appartenant à différents genres littéraires. 

  • La satire est une critique moqueuse d’un vice ou d’un ridicule. Dans la lettre persane 37, Mon­tesquieu fait la satire d’un pouvoir monarchique vieilli, en exagérant ses incohérences.

  • La parodie imite, en les exagérant et les ridi­culisant, les caractéristiques d’un style ou d’un genre. Jean Tardieu parodie les dialogues creux et stéréotypés des comédies de boulevard.

  • Le burlesque pousse une situation jusqu’à l’extra­vagance (Bérenger, combattant dérisoire, face à ses concitoyens transformés en rhinocéros).
  • L’absurde fait ressortir le comique d’une situa­tion étrange ou incompréhensible (le dialogue inco­hérent entre Vladimir et Estragon dans En attendant Godot).

  • L’ironie consiste à se moquer en laissant entendre le contraire de ce que l’on dit. Dorine, dans sa dernière réplique, souligne, par ironie, l’indifférence d’Orgon envers sa femme.

  • L’humour révèle, sans méchanceté, les aspects risibles de situations ou de personnages sérieux. L’évolution des sentiments de la « jeune veuve », d’abord inconsolable puis de nouveau tentée par un nouvel époux, fait sourire.

■ Les différents procédés du comique

Le comique obéit à des lois, et même, pour employer un terme plus péjoratif, à des recettes. Il a ses mécanismes propres.

  • L’exagération : Les traits physiques, les traits de caractère, les situations, sont grossis, outrés par rapport à la réalité. Comme dans une caricature, Rabelais, pour décrire la mauvaise éducation de Gargantua, amplifie les signes de paresse et de sot­tise. C’est le procédé favori de la satire.

  • La répétition : « Le pauvre homme ! » dans la scène 4 de l’Acte I de Tartuffe est une répétition de mots. Dans L’École des femmes les rencontres entre Arnolphe et Horace, qui tournent toutes au désavantage d’Arnolphe, sont des répé­titions de situations. Attendues, elles surviennent au mauvais moment, d’où l’effet comique qu’elles produisent.

  • La déformation et les inventions : Jean Tardieu déforme le sens d’un dialogue en remplaçant un mot par un autre. Michaux déforme et invente des mots dans Le Grand Combat. Ces inventions sont risibles car elles constituent un écart par rapport à la norme, à ce que l’on attend.

  • Les décalages et le mélange de tons : Lorsque La Bruyère écrit :

"Cet homme raisonnable, qui a une âme, qui a un culte et une religion, revient chez soi fatigué, affamé, mais fort content de sa journée : il a vu des tulipes. Il crée un décalage entre le début solennel et la fin dérisoire" .

On peut aussi introduire un détail incongru dans un contexte sérieux : Cacambo demanda [...] comment il fallait s’y prendre pour saluer Sa Majesté : si on se jetait à genoux ou ventre à terre ; si on mettait les mains sur la tête ou sur le derrière, Candide. Ces décalages sont caractéristiques de l’ironie.

Les sous-entendus et les allusions permettent d’attaquer une cible de manière oblique. Les mots à double sens sont particulièrement efficaces. Quand Zadig fait l’éloge de ses juges en disant qu’ils ont beaucoup d’affinité avec l’or, le mot signifie : ressemblance avec l’or, mais surtout : goût et atti­rance pour l’or.

■  Les fonctions du comique

  • Une capacité de libération : Le comique se charge de « dégonfler » les prétentions ou les bêtises humaines par le rire. Il libère l’homme de ses préjugés et de ses peurs en les rendant ridi­cules. Son rôle libérateur se ressent dans le fait qu’il traite de façon irrespectueuse des sujets considé­rés comme tabous : le sexe, la politique, la mala­die... et qu’il démystifie ce qui est réputé noble : le courage, l’amour, le malheur, la mort... Cette fonction du comique est résumée par Figaro : Je me presse de rire de tout, de peur d’être obligé d’en pleurer.

  • Une fonction critique : Le comique sert souvent d’arme. Faire rire d’une institution, d’un abus les dis­crédite. Molière a résumé ce pouvoir du comique dans la Préface de Tartuffe : Les plus beaux traits d’une sérieuse morale sont moins puissants, le plus souvent, que ceux de la satire ; et rien ne reprend mieux la plupart des hommes que la peinture de leurs défauts. C’est une grande atteinte aux vices que de les exposer à la risée de tout le monde.


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