Colomba est une nouvelle de Prosper Mérimée, publiée en 1840.

Résumé de la nouvelle

Déçus par l’Italie qui n’a pu combler leur désir de chasse pour l’un et de romanesque pour l’autre, le colonel sir Thomas Nevil et sa fille Lydia s’embarquent pour la Corse en compagnie d’un lointain parent du capitaine, qu’ils traitent avec hauteur avant d’apprendre que ce lieutenant en demi-solde, Orso Della Rebbia, est issu d’une grande famille corse (chapitres 1-2).

Une complainte traditionnelle chantée par un matelot apprend à Miss Lydia que le jeune homme devrait venger son père assassiné: après un moment de curiosité, elle entreprend, alors qu’ils sont arrivés à Ajaccio, de faire renoncer le jeune homme à la vendetta: il l’assure de ses intentions pacifiques (chapitres 3-4).

La belle Colomba vient chercher son frère. L’assassinat du colonel della Rebbia n’est que la suite d’une querelle très ancienne avec les Barricini qui l’emportent enfin puisque l’avocat Barricini est désormais le maire de Pietranera; on lui a remis un carnet, disparu depuis, où le père d’Orso a écrit le nom de son meurtrier avant de mourir; mais un bandit soupçonné de l’assassinat a été tué peu après et l’affaire est restée sans suite (chapitre 5 et 6).

Orso sent que Colomba veut l’inciter à la vengeance tandis que Miss Lydia veut l’en dissuader. Plongé dans un climat de vendetta, et s’opposant d’abord farouchement à sa sœur, Orso, emmené par elle sur le lieu du meurtre de son père, puis mis en présence de deux bandits cachés dans le maquis, Brandolaccio et le curé, envisage alors de se battre en duel avec les fils Barricini (chapitres 7-11).

Colomba au cours d’une veillée funèbre mêle à son chant des allusions vengeresses et empêche la réconciliation voulue par le préfet. Celui-ci, mis en présence des bandits qui témoignent contre Barricini, décide de faire justice (chapitres 12-15).

Malgré l’oreille coupée de son cheval (geste insultant, accompli en réalité par Colomba), Orso décide de s’en remettre aux tribunaux et part à la rencontre des Nevil. Tombé dans une embuscade, il réplique promptement et tue ses agresseurs qui ne sont autres que les deux fils Barricini (chapitres 16-17).

Le maire est foudroyé de douleur; Miss Lydia, qui innocente Orso (les deux voyageurs attestent qu’il n’a fait que se défendre), rencontre le jeune homme dans le maquis et avoue son amour à son père. Les deux bandits refusent de quitter le maquis et Colomba, accompagnant le colonel et les jeunes mariés en Italie, retrouve le maire Barricini, brisé, qui se plaint qu’elle lui ait pris ses deux fils: «Si la souche n’eût été pourrie, je l’eusse arrachée», répond-elle (chapitres 18-20).

Analyse de Colomba

«C’est la pure nature qui m’a plu surtout, écrit Mérimée à son ami Requien. Je ne parle pas des maquis [...]; mais je parle de la pure nature de l’homme.» L’archéologue cède le pas à l’observateur voire à l’ethnologue, comme dans Mateo Falcone, comme plus tard dans Carmen, il tente, à travers une coutume, — la vendetta (longuement analysée au chapitre 6) — et un ensemble de traditions, à la fois de restituer l’esprit d’un peuple et de ressaisir une sorte d’humanité originelle. Les lectures, conjuguées à l’observation directe, permettent à l’auteur de présenter à son lecteur un échantillon représentatif des rites conservés en Corse: Colomba entraîne Orso sur le lieu où a été tué leur père (chap. 11): c’est le mucchio, «un usage extrêmement ancien et qui se rattache peut-être, dit le narrateur, à des superstitions du paganisme»; Colomba qui est «la plus grande voceratrice [pleureuse de chants funèbres] de Pietranera et de deux lieues à la ronde» (chap. 5) improvise une ballata d’abord pour Miss Nevil puis pour des voisins avant de faire gravement remarquer à Orso, réticent, que «la ballata nous vient de nos aïeux, et [que] nous devons la respecter comme un usage antique» (chap. 12). Sont aussi évoquées diverses pratiques liées au code de l’honneur corse: donner le rimbecco qui est «la plus mortelle injure», le reproche «de ne pas s’être vengé» (chap. 3), provoquer l’adversaire en mutilant son cheval ou en abattant un cochon qui lui appartient. Toutes ces coutumes s’intègrent dans un engrenage de défis et de ripostes qui tourne de plus en plus vite, et conduit à un dénouement violent. Mais l’auteur se veut aussi simple curieux qui note la façon de s’habiller, de se nourrir, de se déplacer, sans négliger pour autant les renseignements historiques sur le passé de l’île. Autant d’éléments qui expliquent la modestie de Mérimée: «J’ai tâché de faire une mosaïque avec les récits que j’ai recueillis à droite et à gauche», peut-il écrire. Derrière cette apparente diversité se profile un désir unique, presque philosophique et qui est le propre de nombre de romantiques: la recherche d’une vérité qui est l’authenti-cité de l’être humain. Cette présence d’une nature «mythique» est assumée par le personnage de Colomba. Si elle frappe amicalement le colonel, ce n’est qu’habileté afin de pouvoir élever dans les valeurs corses son futur neveu. Car il ne peut y avoir cohabitation de deux cultures, l’une primitive, l’autre faussement civilisée, seulement si la première l’emporte et intègre l’autre à son profit. Ainsi, du curé qui bien que possédant le savoir et les connaissances du continent reste dans le maquis.

Cette opposition affirmée de deux systèmes se fait sans manichéisme et le narrateur semble se tenir à égale distance des deux pôles, même si l’on constate aisément de quel côté penchent ses sympathies. Le colonel est un fantoche à la Musset; Miss Nevil est une poupée factice, guindée, aux allures ridicules de princesse gavée de Walter Scott, une mondaine recherchant précisément le «primitif» («Tiens, cela est primitif», se dit-elle en regardant Colomba se signer avant de manger le pain) pour éblouir ses amies dans un salon. On retrouve le même humour dans la description des bandits dans le maquis: mais l’humour est le lot des personnages plus que du narrateur et la parodie, si parodie il y a, est bien plus légère. Au total, la morale civilisée est la plus mise à mal dans ce récit qui privilégie la violence spontanée. Et l’on comprend que dans sa correspondance Mérimée ait presque regretté d’avoir, sur les conseils de l’amie très aimée, Valentine Delessert, modifié, il faudrait dire «édulcoré» le dénouement. Il avait d’abord présenté Colomba, désireuse de conclure un mariage avantageux pour sa famille, tendant un piège à Miss Lydia pour la forcer à épouser son frère. Il n’a pu renoncer à dépouiller son héroïne de toute férocité puisqu’il la montre répondant avec une cruauté impitoyable au maire brisé à mort. De plus, le mot de la fin, qui suggère que Colomba a le mauvais œil, fait ressurgir le thème des superstitions populaires. Elle renvoie aussi à ce thème de la femme diabolique fréquent dans l’univers mériméen: «Tu es, je le crains, le diable en personne», s’exclame Orso (chap. 16), préfigurant don José s’adressant à Carmen. 

F. COURT-PEREZ

 

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