I- Résumé court de L'étranger de Camus

► Première partie: la mort de la mère et le meurtre de l'Arabe

À la mort de sa mère, Meursault se rend à l’asile de vieillards pour veiller son corps, et le lendemain, toujours aussi indifférent, il suit le cortège funéraire et rentre chez lui, fatigué de cette journée passée dans la chaleur étouffante d’Alger. Le surlendemain, il rencontre à la plage une jeune femme, Marie, dont il devient l’amant. Meursault évoque alors comme dans autant de notes sa vie quotidienne : l’ennui du dimanche, la fatigue physique, les cigarettes qu’il fume, sa vie atone d’employé de bureau, et les voisins de son immeuble, notamment le vieux qui bat son chien, seule activité qui justifie son existence. Un autre voisin, Raymond Sintès, lui demande son concours pour régler une affaire avec le frère de sa maîtresse arabe. Meursault accepte mais ne participe pas au premier affrontement et en évite un second : c’est alors qu’il saisit le revolver de Raymond et revient sur la plage brûlée par le soleil ; il cherche une source pour se désaltérer et avise alors l’un des Arabes. Aveuglé par le soleil et l’éclat du couteau de son ennemi, tourmenté par la cha­leur qui le fait basculer dans un univers fantasmagorique et infer­nal, il tire sur l’Arabe et décharge encore machinalement son arme sur le corps sans vie. 

► Seconde partie : Le procès de Meursault et sa condamnation à mort

La seconde partie présente Meursault en prison. Des souve­nirs reviennent à son esprit tandis qu’il attend son procès, sans vouloir donner à ses interrogateurs les réponses attendues. Le jour du procès arrive : les juges, convaincus d’avoir affaire à un monstrueux criminel, le condamnent à mort. Meursault regagne ensuite sa cellule, retrouve le sentiment de la beauté du monde et comprend qu’il a été, qu’il est encore en ce moment, heureux. Il crie alors sa révolte à l’aumônier venu le confesser, le renvoie et s’apprête à mourir.

II- Analyse du roman : thèmes et écriture dans L'étranger de Camus

► Le thème de l’absurde

Le roman présente comme une échelle de l’absurde, de la vie monotone du personnage à l’enchaînement fortuit qui l’amène au meurtre, jusqu’à la justice expéditive qui le met à mort. En effet, L'Étranger appartient à la première partie de l’œuvre de Camus rangée par l’auteur lui-même sous l’étiquette d’« absurde », sentiment analysé dans l’essai, contemporain de L’Étranger, intitulé Le Mythe de Sisyphe ; Camus y explique que l’absurde provient de la découverte du caractère insensé de la mort (et c’est bien la mort de la mère qui ouvre le roman) et de l’opposition intenable entre l’appel au sens et le silence du monde. Dans un monde privé de la présence de Dieu s’élève le mythe moderne de l’absurdité de la condition humaine dont Camus doit en grande part la révélation à la lecture de Dostoïevski, puis de Kafka.

Meursault apparaît donc bien comme l’exemple même de l’homme absurde, étranger à lui-même comme il est étranger au monde, vivant dans une succession d’instants dont il ne saurait saisir la justification existentielle. Homme sans relief ni désirs superflus, il mène une vie sombre soumise aux injonctions du corps et bascule sans vrai motif (là est la différence majeure avec les personnages romanesques traditionnels) dans un engrenage qui va le liquider ; là où règne l’absurde, la volonté devient inefficiente.

► Le thème de la révolte

Toutefois, dans le plan de son œuvre, Camus a placé après l’absurde la révolte, c’est-à-dire le cri de l’homme s’élevant contre sa condition et s’essayant à établir un horizon de fraternité, et même une morale fondée sur la responsabilité du sujet, qui lui permette d’alléger la souffrance d’autrui et d’accueillir en lui la tendresse et la beauté immédiate du monde. Si, au moment de L’Etranger, le pas n’est pas encore franchi, il n’en est pas moins indiqué par la relation avec Marie, dont Meursault cependant ne parvient pas à saisir la chance, et surtout par sa révolte en prison où il comprend enfin le prix d’une vie dans le monde et s’ouvre à sa beauté. De fait, la seule grandeur du personnage consiste dans sa révolte, dans le refus qu’il maintient face aux puissances aliénantes de la société, que ce soit la religion ou la justice ; celle-ci est d’ailleurs vivement critiquée par Camus qui, par-dessus l’épaule de son personnage, semble fustiger ce droit que s’arrogent certains individus de mettre à mort leur semblable (et l’on sait combien Camus luttera contre la peine de mort), en recomposant a posteriori la logique d’existence qui leur convient, alors même que le cours de sa vie a été infléchi par des événements sur lesquels il n’avait aucune prise : c’est donc in fine à l’amorce d’une réflexion sur la morale et la liberté, au sein de l’irrécusable absurdité de la condition humaine, que s’astreint ici l’auteur.

► Une écriture de l’étrangeté ou une "écriture blanche"

Mais sans doute est-ce avant tout à la spécificité de l’écriture que se sont attachés les lecteurs du roman. En effet, la fameuse première phrase : « Aujourd’hui maman est morte », fait d’emblée pénétrer dans un univers de l’indifférencié qui est marqué par le ton du constat, du détachement, dans des phrases courtes, souvent juxtaposées, qui semblent refuser toute rhétorique, tout effet stylistique comme pour dénier au personnage-narrateur toute profondeur psychologique. Camus, par l’emploi de ce que l’on a pu nommer l’ « écriture blanche », rompait ainsi avec une certaine tradition romanesque, tout en rendant sensible la touffeur du climat et en réinventant ainsi un espace propre, étrange à force de banalité, exactement humain.

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