LA BELLE BÊTE. Roman de Marie-Claire Blais (Canada/Québec, née en 1939), publié à l’Institut littéraire du Québec en 1959.

  • Résumé de La belle bête  :

Louise, la mère, veuve et riche propriétaire terrienne, Isabelle-Marie, la fille, âgée de treize ans, et Patrice, le fils de dix ans, l’«idiot» que sa sœur a surnommé «la belle bête», sont dans un train qui les ramène de la ville. D’emblée, les rapports sont posés: Louise et Patrice sont blottis l’un contre l’autre, Patrice «la tête sur l’épaule» de sa mère. Isabelle, en face d’eux, est distante, «le visage dur». Patrice, beau et admiré de tous, est adoré par sa mère tandis qu’Isabelle, laide et mal aimée, est révoltée et haineuse. Isabelle travaille à la terre et s’y use les doigts tandis que Patrice mène une vie de fainéant. Dans ce trio familial menacé par le désir obsédant d’Isabelle de détruire la beauté de son frère, deux personnages interviennent. Le premier, Lanz, l’amant de Louise, devient son mari et s’installe à la ferme. Les liens qui unissent Patrice et sa mère en sont transformés et se distendent. La jalousie de Patrice, attisée par Isabelle, le pousse à tuer Lanz. Le second est un jeune aveugle, Michael, qu’Isabelle rencontre à un bal dans une ferme. Elle lui fait croire qu’elle est belle, noue une idylle avec lui et l’épouse. Elle devient mère mais Michael recouvre la vue, découvre la laideur d’Isabelle et son mensonge, il la frappe et l’abandonne avec leur fille.

Isabelle retrouve le huis clos familial et le drame se précipite. La jeune femme plonge la tête de son frère dans une bassine d’eau bouillante. Patrice, défiguré, est abandonné par sa mère dans un asile. Louise chasse sa fille et la petite Anne. Restée seule, elle est rongée par un cancer du visage. Le livre s’achève sur la destruction du domaine auquel Isabelle met le feu, et sur une triple mort: celle de Louise consumée par l’incendie, celle d’Isabelle qui se jette sous un train et celle de Patrice qui se noie dans le lac où il recherche sa beauté.

  • Analyse du roman de Marie-Claire Blais :

La Belle Bête est une monstrueuse histoire de haine et de mort. Dès ce premier roman, l’œuvre de Marie-Claire Blais s’installe dans le vertige pur, absolu, où rien ne vient rompre l’enchantement pervers suscité par la fascination de la chute.

Les personnages habitent le lieu abstrait du rêve où ne s’exerce qu’une attraction: celle du plus radical vertige intérieur. Rien ne les distrait du cauchemar auquel ils sont livrés et ils n’ont d’autre choix que de courir jusqu’au bout de leur destin, enchaînés par de purs désirs qui portent le signe de la chute. Ce sont des «créatures d’épouvante [...] qui vont s’enfler et devenir des monstres».

Patrice, héros du roman, est le jouet des puissances destructrices qui l’entourent, celles de sa mère et de sa sœur. Il incarne le «lourd assoupissement de l’intelligence, la léthargie des cerveaux qui ne vivent pas». Amoureux de sa beauté, ce Narcisse a le cœur troublé par des pulsions de haine. Isabelle, c’est l’exclusion, la souffrance vive animée d’une monstrueuse jalousie. Mal aimée, persécutée par une laideur obsédante qu’elle laisse en héritage à sa propre fille, elle vit son rapport conflictuel à sa mère comme un calvaire. Louise, «la belle de corps éphémère», c’est la mère possessive et exclusive, inconsciente et injuste qui fournit à son fils «l’âme qui lui manquait» et projette en lui sa propre beauté. Castratrice et aveugle, elle est l’archétype de la «mauvaise mère».

L’écriture, qui procède par touches, est aérée, froide, ponctuée d’émotions et de fulgurantes images poétiques. Tout le roman est bâti sur un jeu de visages et de regards où beauté et laideur s’appellent avant de retourner au néant. Derrière les masques, les forces du mal dominent. Les mythes se déploient en un jeu complexe. Patrice-Narcisse traque son image dans tous les miroirs symboliques de la recherche de soi, dans les plans d’eau stagnante de l’enfermement en soi. Patrice-Œdipe recherche toute sa vie le bonheur total d’être blotti contre l’épaule de sa mère, et tue Lanz devenu Laios.

Cet univers sans issue, où se clament les amours insatisfaites, les souffrances, les haines, les révoltes, les destructions, dresse une litanie de malheurs et de manques à la vie qui serait proprement désespérante si la nécessité même qui la dicte ne laissait entendre, en même temps, un profond désir de présence au monde.

Voir aussi:

Une saison dans la vie d\'Emmanuel de Marie-Claire Blais : résumé et analyse du roman

Littérature québécoise

Fiche sur le personnage de roman

Le personnage de roman : héros ou antihéros ?

 

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