La Princesse de Clèves, roman de Madame de La Fayette, est publié en 1678 sans nom d'auteur. Le roman fut par la suite attribué à madame de la Fayette, bien qu'on considère que celle-ci aurait été conseillé par plusieurs hommes et femmes de lettres de son entourage. roman à caractère historique, il comporte aussi une grande part d'analyse psychologique, ce qui lui donne un caractère moderne. 

RÉSUMÉ DU ROMAN

Le roman s’ouvre sur une longue évocation de la cour d'Henri II, présentant successivement les personnages les plus éminents qui la composent : Diane de Poitiers, Catherine de Médicis, la Dauphine ou encore Marie Stuart. En 1559, Mlle de Chartres, jeune héritière belle et fortunée, y est introduite et bien­tôt remarquée par le prince de Clèves qui obtient sa main. Toute­fois, au cours d’un bal, la princesse de Clèves fait la connaissance du séduisant duc de Nemours, et la scène de rencontre prend les allures d’un coup de foudre mutuel. Prévenue par sa mère des dangers de la passion, elle résiste longuement et tente d’étouffer ses sentiments ; cependant, bientôt privée par la mort de sa mère de son unique soutien, elle contient de plus en plus difficilement cet amour adultère.

Le roman abandonne alors pour un moment la ligne princi­pale du récit pour exposer diverses relations : celle qui unit le roi à Diane, les amours d’Henri III, l’histoire de Mme de Tournon ou encore les rapports houleux entre le vidame de Chartres, la reine et Mme de Thémines, autant de digressions qui renvoient à la princesse l’image de sa propre passion, et dont elle saisira cependant trop tard l’avertissement qu’elles contenaient. Le récit se reporte ensuite sur elle, lors d’un séjour dans son domaine de Coulommiers : c’est là que, pressée par les soupçons de son mari, elle lui avoue sa coupable passion et le supplie de la protéger d’elle-même. Séparés, la princesse et Nemours s’abandonnent chacun de leur côté à des rêveries amoureuses, mais le prince de Clèves, taraudé par la douleur, expire après et la princesse se retire dans ses terres. Alors a lieu l’unique entrevue entre les deux amants où ils se parlent à cœur ouvert ; la princesse partage ensuite son temps entre ses terres et le couvent, refusant à tout jamais de revoir Nemours. 

ANALYSE DE LA PRINCESSE DE CLÈVES

► Un roman fondateur

Au rebours des romans héroïques volontiers situés dans un temps historique légendaire, La Princesse de Clèves relate une histoire récente qui introduit la notion de vraisemblable contre une vision épique dans laquelle les personnages fonctionnent comme de purs cadres formels. Le texte apparaît en effet avant tout comme une chronique des mœurs de cour, ainsi que l’indiquait Mme de La Fayette dans une lettre à Lescheraine, refusant de s’avouer comme l’auteur de cette « parfaite imitation du monde de la Cour (qui n’est) pas un roman. C’est proprement des Mémoires ». Etranger à toute visée héroïque, le roman s’écrit dans une réalité plus proche, plus tragique aussi, qui lui valut un succès sans précédent et amorça une querelle entre ses partisans et ses adversaires, pour lesquels le caractère de l'héroïne man­quait de vraisemblance. En effet, les lecteurs ont vite compris que l’essentiel du récit était centré autour d’une Figure majeure à laquelle la matière historique servait principalement de contre­point ; le roman s’attachait avant tout à déchiffrer le mystère d’une conscience plongée dans un milieu spécifique.

► La peinture des passions

Si le roman, à l’instar des affirmations de Mme de La Fayette, revêt l’apparence de mémoires, c’est surtout au travers de la peinture de la cour qu’il présente : le cadre somptueux des décors, le récit des intrigues, ou bien encore la relation des dis­tractions de la cour (dont le fameux combat qui sera fatal à Henri II) se conjuguent à l’art en vogue du portrait selon une visée morale s’essayant à décrire les mœurs d’une époque par l’intermédiaire de ses illustres protagonistes. Néanmoins, c’est surtout la plongée dans l’intériorité des personnages qui marque l’originalité d’un roman résolument psychologique, dans lequel ils se révèlent directement par leurs paroles et actions, grâce à l’al­ternance d’un discours tout à tour objectif et subjectif. L’efface­ment relatif du narrateur se confond ainsi avec celui de son héroïne qui fait l’apprentissage progressif de la lucidité, décou­vrant à la longue la vérité de ses sentiments que confirme par ailleurs le regard d’autrui, notamment celui de Nemours dans la fameuse scène de voyeurisme où le lecteur déchiffre, sous les ambiguïtés du texte, la violence de son désir. On a donc bien affaire ici à un roman fondé sur la révélation latente du sujet, mas­quant sous la surface lisse de la bienséance le travail de l’éros, autant dans cette scène trouble que dans les multiples subterfu­ges supplétifs inventés par la frustration, ou encore dans la simple mention des cheveux détachés de la princesse et dans sa rêverie devant le portrait de Nemours. Autant d’éléments attes­tant l'enfermement des personnages dans un milieu qui les oppresse, c’est-à-dire les condamne.

► Le discours moraliste

La Princesse répond donc à une nécessité sociale qui consiste à apprendre le monde pour servir également de support à un dis­cours moraliste (l’intimité avec La Rochefoucault n'y est sûre­ment pas étrangère). Par la voix de la mère de la princesse, relayée par la portée d’ensemble du roman, se fait jour une méfiance à l’égard des passions, mais aussi l’amorce d’un discours critique à l’encontre de l’institution du mariage qui aliène la femme. La topique de la femme mal mariée (qui formera le canevas de nombre de romans balzaciens) semble impliquer nécessairement le désordre dont l’intrusion de Nemours amorce l’avènement. Mêlant ainsi les jeux ambigus du désir et de l’interdit et les intrigues de cour pervertissant réel et apparences, le roman semble désigner le retour sur soi comme unique possibilité de recouvrer la conscience du réel. Certes, dans le combat du sujet avec un désir intense finalement vaincu, se profile un parcours christique exemplaire ; mais cette référence symbolique ne sau­rait éluder la pression sociale qui s’exerce sur l’individu et la morale pessimiste d’un récit qui tend à affirmer l'opposition inexorable entre un ordre et un désordre tout aussi incapables d’autoriser le bonheur. Roman sans concession que celui-ci, exhibant le tragique de la condition féminine, d’autant plus délé­tère qu'elle emprunte les attributs du masque et de la perversion des rapports, tout en prenant soin de conserver les formes les plus convenables.

 

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