I. Définition de l'approche systémique

Approche globale, développée originellement dans le domaine économique en liaison avec la prise en compte de la complexité ou inter­dépendance des phénomènes économiques, tendant à appréhender ses objets d'étude sous l'angle du système. Elle part en effet du principe que les sujets d'étude, quelle que soit lexr nature, se trouvent toujours insérés dans un système, qui est une conformation complexe auquel ils participent par action et interactions La systémique est tout à la fois nébuleuse inte lectuelle, méthode de travail, théorie et philo­sophie économique et entrepreneuriale.

Avant d'être une science ou une discipline, la systémique, mot récent qui date du début des années 1970 pour son sens de technique des systèmes complexes, procède d'une nouvelle approche du réel, dite globale. D'aucuns parlent aussi d'approche holistique (du grec holos, tout). Cette approche concerne tout à la fois l'homme, les machines, la nature, la société.

La systémique se fonde sur un principe, selon lequel le réel se caractérise par une gigan­tesque interpénétration de systèmes, humains, sociaux, économiques, écologiques en inter­action constante. Tout est vivant pour la sys­témique, vivant au sens d'actif et d'évolutif. Chaque processus, vital d'ailleurs, peut être réduit à l'axiome suivant : « vie = échange d'énergie + échange d'information ». Ce nou­vel outil méthodologique qu'est la systémique a donc pour ambition de permettre aux cher­cheurs l'utilisant de percevoir ce qui appa­remment est imperceptible, et de dénouer ce qui d'abord était inextricable. Imperceptible, souvent, car infiniment grand et lent. Il s'agit d'une « description de la complexité organi­sée » (J. de Rosnay, Le Macroscope, p. 85) étant entendu que cette description débouche sur des propositions concrètes en vue d'étayer la prise de décision, et de rendre l'action plus efficace.

Les domaines se prêtant à l'analyse systémique sont étendus, et c'est en ce sens qu'elle pro­cède d'une ouverture épistémologique, et c'est dans cette variété que l'on trouve aussi le suc­cès de ce nouveau courant méthodologique. Elle intéresse en effet tout à la fois l'économie, la sociologie et la démographie, la biologie, l'écologie, l'informatique et les théories ayant trait à la stratégie. Cette liste non exhaustive permet de comprendre que la systémique concerne aussi, au plus haut point, les sciences de l'information et de la communication, par les perspectives d'analyse et de développe­ment qu'elle laisse entrevoir dans ces domaines. Par la place de choix, aussi, qu'elle laisse aux notions-clés d'interaction et d'échange. Par l'intérêt, enfin, qu'elle porte aux outils de communication, au premier rang desquels l'ordinateur, dans les interfaces que ces outils entretiennent avec l'homme et la société.

II .Historique de la pensée systémique

Précisons d'abord que la systémique n'est pas née de ce siècle, si on en accepte l'acception large de science des interactions. Épicure (341 - 270 av. J.-C.) et sa théorie des atomes, déjà, mit cette approche en gestation, soutenant que l'Univers entretenait un ballet continuel d'atomes, le clinamen,interagissant afin de concourir à la concrétude et à la pérennité des mondes. Il semble que ce soit à Biaise Pascal (1623-1662) que l'on doive une formalisation avant la lettre de la pensée systémique, par une phrase sonnant comme une intuition défi- nitoire : « toutes choses sont causées et cau­santes, aidées et aidantes, médiates et immé­diates, et que toutes (s'entretiennent) par un lien naturel et insensible qui lie les plus éloi­gnées et les plus différentes ».

La systémique va cependant attendre les alen­tours de la Seconde Guerre mondiale pour éclore et trouver une identité scientifique en soi. C'est dans les années 40, en effet, qu'elle naît, de la rencontre féconde de plusieurs chercheurs de disciplines différentes, telles que la biologie, la théorie de l'information et des systèmes, la neurologie et la toute récente cybernétique de Wiener. Ces scientifiques, malgré l'apparent éloignement de leurs objets d'étude et de leurs méthodes vont parvenir à relever des similitudes dans ce qu'ils étudient et dans la manière de conduire leurs recherches. En naîtra rapidement un vocabu­laire commun et des métaphores servant de passerelles entre leurs préoccupations. Ce qui sensibilise d'abord ces chercheurs, pour la plupart localisés au prestigieux Massachusset Institute of Technology de Boston, le MIT, c'est la corrélation existant entre l'organisme et la machine, et leurs interactions, rendues soudain possibles par les progrès des technologies, notamment dans le domaine de la défense aérienne. Petit à petit, on s'aperçut que des ouvertures méthodologiques pouvaient être faites avec l'économie, l'entreprise et la société. Ces rapprochements de sciences jusque là cloisonnées semblaient s'avérer nécessaires. Surtout à une époque où l'avan­cée respective de chacune, comme l'explosion de nouvelles disciplines, allaient rendre obliga­toire une collaboration des chercheurs, sauf à cloisonner et dogmatiser chacune.

La systémique eut la chance de se trouver au départ servie par des personnalités fortes, telles que Norbert Wiener ou Ludwig von Bertalanffy, père de la Théorie générale des systèmes, dont l'ambition était de rendre un modèle mathématique formel de tout système. L'arrivée de l'outil informatique, lui-même parangon de réalisation systémique fut de plus vécue comme une aubaine dans ces premières années, dans la mesure ou cet outil put être tout à la fois un modèle d'expérimentation et d'action. La création de modèles, puis la mise en place de simulation, tint une grande place dans la démarche systémique. C'est précisé­ment à l'outil informatique que la systémique est redevable de nombre de possibilités. Après avoir modélisé le système à étudier, l'ordina­teur rend possible toutes les possibilités de variations, d'extrapolations, d'évolutions. La simulation se trouve utilisée tant concernant la stratégie militaire que l'augmentation de l'inflation monétaire, l'accroissement d'une population ou de la pollution dans un écosys­tème donné. Le programme de simulation rend possible l'étude du comportement dans le temps d'un système complexe, et d'un nœud d'interactions. On imagine les services que peuvent rendre de telles simulations dans le domaine de la stratégie militaire, de l'écono­mie, de l'administration, de la biologie. Tout au plus peut-on déplorer que ces simulations ne prennent pas en compte la dimension humaine, impalpable, des phénomènes étudiés (peur, désir...), quand ceux-ci entrent en ligne de compte.

III. Le système comme moyen et fin méthodolo­gique

La systémique n'est pas redevable de son objet d'étude au seul système, ce qui, sans ancrage, serait restrictif, vaste et vague à la fois. Cependant, celui-ci tient une grande place dans une discipline qu'il caractérise en lui donnant déjà son nom.

Il convient toujours pour les chercheurs utili­sant l'approche systémique d'identifier d'abord le système à étudier. L'identifier, cela signifie délimiter ce qui sans cette démarche resterait peut-être un ensemble de déterminismes aléa­toires, disparates et hétérogènes. Il faut donc circonscrire le système, en repérer les flux le caractérisant, les points nodaux le structurant et faisant transiter information et énergie, les dynamiques lui impulsant son rythme d'évolu­tion. Cette démarche peut sembler évidente sur certains sujets d'étude dits simples ; elle le sera moins à l'échelle d'une communauté humaine, d'une organisation économique, d'un pro­cessus démographique. La rigueur s'impose alors. Le tour de force méthodologique consiste à tirer d'ensembles apparemment inorganisés et de nature différente la structure latente. Ceci revient à trouver un ordre, une structure et une homogénéité à un ensemble de prime abord inorganisé. La démarche méta- systémique consistera ensuite à essayer, en toute rigueur, de trouver des similitudes entre des systèmes d'apparence différents, de manière à pouvoir fédérer ceux-ci sous une analyse commune et en des propositions d'ac­tion. Il faut pour cela, et c'est ce à quoi s'attela d'abord von Bertalanffy, formaliser quelques modèles de systèmes, afin de les rendre à terme compréhensibles et opérationnels. On peut d'ailleurs considérer que la systémique a aussi une vertu néguentropique, en ce sens qu'elle introduit de l'ordre là où semblait régner un désordre aléatoire.

Le système en tant qu'ensemble fini se caracté­rise toujours par trois états, qui sont la totalité, la double possibilité de transformation et d'autorégulation.

Un principe fondamental fondant l'approche du système va être celui d'un équilibre, à trouver, rétablir, maintenir. Cet équilibre, qui permet au système d'assurer sa pérennité se maintient grâce à l'homéostasie. Ce principe d'autorégulation est interne au système. Le meilleur exemple est le thermostat, garant d'une température stable. Un ensemble de boucles, positives ou négatives, dûment repér­ées et étudiées, vont procéder à cette autorégu­lation ou à l'évolution contrôlée du système. Ces boucles, dans la mesure ou elles agissent sur le système en temps réel, sont dites « boucles de rétroaction ». Équilibre et stabi­lité ne signifient pas que le système soit sta­tique. S'il l'était, il se destinerait à se figer jus­qu'à disparaître. C'est donc même le mouve­ment qui dans une certaine mesure doit être maintenu. Une stabilité trop grande irait jus­qu'à figer puis faire disparaître le système. Celui-ci subit en effet les effets de \'entropie, étant entendu que l'équilibre parfait et éternel, de l'ordre du mouvement perpétuel d'Aristote, semble bien hypothétique dans un système réel, et doive même être considéré comme une aporie. C'est la métaphore du mouvement brownien qui prévaut dans la réalité. Le sys­tème évolue en permanence, soit en mainte­nant une forme de stabilité (système de chauf­fage, milieu naturel, équilibre de la flamme de la bougie...) soit en choisissant une croissance maîtrisée (courbe démographique, rendements économiques...)

4. Approche critique de la systémique

La systémique a eu la chance de bénéficier de vulgarisateurs de talent, notamment en France, au premier rang desquels on peut ranger Joël de Rosnay et son célèbre « Macroscope », mais aussi dans une certaine mesure Edgar Morin (« La complexité ») et Abraham Moles. Son point commun avec d'autres sciences de la communication réside en ce qu'elle s'inscrit dans la catégorie des métaphores de l'or­chestre ou de l'horloge, et non dans celle, dépassée, du télégraphe. Elle s'était d'ailleurs en partie fondée sur cette opposition. Ceci, cependant, ne la protège pas de la critique selon laquelle cette discipline est parfois quantitative à l'excès.

Ce qui est certain, c'est que la multiplication des savoirs, un rapport au réel de plus en plus placé sous le sceau de la collaboration avec de nouveaux outils-partenaires technologiques feront la part belle à une approche globale et systémique. Il semble qu'elle soit promise à un avenir assuré. Ne serait-ce que parce que les grands réseaux numériques et communicationnels se mettant actuellement en place à l'échelle de la planète lui seront redevables d'une description dynamique et pragmatique de leur fonctionnement interactif. Instaurer d'ailleurs une réflexion sur cette société dite « de communication » dans laquelle nous entrons de plain-pied amène inévitablement à mobiliser les conceptions systémiques, et ce afin de penser nos devenirs réticulaires. La montée en puissance de la complexité, sociale, économique, écologique, la rendront aussi de plus en plus utile et opérationnelle.

Certains principes éducatifs hérités du passé, qui cloisonnent les disciplines et atomisent les savoirs sont sans doute à revoir. Les rempla­cera à terme une pensée globale, interactive, dynamique. Là se trouve peut-être, pour les années à venir le plus grand succès de cette révolution systémique que certains annoncent déjà imminente : se substituer à la double hégémonie scolastique et dialectique, fragmen­tée, scalaire et scolaire, pour les remplacer, bientôt, par une pédagogie permanente à la fois intuitive, globale, concrète et dynamique ; en un mot, par la pensée systémique.

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