Le Lys dans la vallée : résumé du roman 

Dans une longue lettre autobiographique adressée à sa maî­tresse Natalie de Manerville, Félix de Vandenesse raconte son enfance malheureuse, privée de l’affection maternelle, puis évoque sa rencontre décisive avec Henriette de Mortsauf, lors d’un bal à Tours, pour laquelle il s’est immédiatement épris d’une violente passion. Inquiétés par l’état fébrile du jeune homme, ses parents l’envoient alors à la campagne où il retrouve, cependant, au châ­teau de Clochegourde, sa bien-aimée. Dans le paysage enchanteur de cette douce vallée où coule l’Indre, Félix fait la connaissance du comte de Mortsauf, vieillard acariâtre sclérosé dans son légitimisme ultra, qui règne en tyran sur sa divine épouse et leurs deux enfants. Félix et Henriette nouent progressivement des liens tout spirituels, partagent des goûts communs et communiquent par le langage des fleurs, mais la vertueuse Henriette refuse de prêter l’oreille aux épanchements amoureux du jeune homme. Après plusieurs mois de bonheur, dont l’apogée se situe lors des vendan­ges de 1814, Félix repart à Paris, muni d’une longue lettre de recommandations d’Henriette, où celle-ci lui prodigue les conseils nécessaires afin de se diriger dans la jungle sociale. Cela lui réus­sit, puisqu’il devient sous la Restauration maître des requêtes d’État. À son retour à Clochegourde en 1817, l’intimité des deux amants (platoniques) est encore resserrée par la maladie du comte qu’ils soignent à tour de rôle. Toutefois, lors de son retour à Paris, Félix succombe au charme sulfureux de la belle Lady Arabelle Dudley ; Henriette, dès lors, cesse de lui écrire et il apprend bientôt qu’elle est mourante. Accouru en toute hâte à son chevet, il assiste à un délire amoureux qu’elle parvient finalement à maî­triser pour mourir saintement. Après cette longue confession, Natalie lui répond qu’elle ne saurait lutter contre le souvenir si vif de ces deux femmes dans la mémoire de son amant, et préfère rompre avec lui.

Commentaire: le paysage et les personnages dans Le Lys dans la vallée

 La description du paysage 

À l’occasion de ce roman prenant place dans les Etudes de mœurs de La Comédie humaine, Balzac entendait s’affronter à ce qu’il nomme « la grande question du paysage en littérature », c’est-à-dire à la description poétique d’une région qui lui est chère : la Touraine. Nourrissant son texte de ses propres souvenirs, le romancier s’attache à évoquer ici la topographie de ces paysages vallonnés dans des phrases harmonieuses, souvent longues, et témoignant d’un souci stylistique dont la critique a un peu rapide­ment passé sous silence la prégnance, opposant traditionnelle­ment un Balzac puissant mais brouillon à un Flaubert s’échinant des semaines entières sur une seule tournure syntaxique ; à cet égard, Le Lys dans la vallée manifeste que Balzac connaît également les affres et les réussites de l’orfèvre.

 Les personnages entre désir et vertu

Le sujet du roman se fonde sur un cliché littéraire dont Balzac avait pu lire dans le Volupté de Sainte-Beuve (1834) une variation contemporaine : en affirmant qu’il avait tenté avec Le Lys de « refaire » le roman de Sainte-Beuve, Balzac manifestait sa volonté de récrire à son tour l’histoire de la femme mal mariée qui demeure cependant fidèle. La tension entre désir et vertu constitue donc l’assise principale du texte, et le récit déplace ainsi les relations des deux amants sur le plan spirituel, présentant le dia­logue élevé de deux sensibilités exacerbées qui communiquent, au-delà du langage traditionnel, par la modulation d’inflexions de voix ou dans le langage des fleurs. Le romancier, par la grâce d'un récit enregistrant avec la finesse d’un sismographe les infi­mes variations du sentiment qui unit Félix et Henriette, à l’insu des autres personnages, parvient à rendre attachant un person­nage pourtant vertueux, et un texte forcément déceptif. En ce sens, il confond alors progressivement le destin d’Henriette avec celui du Christ. Le roman se fonde en effet sur deux figures antithétiques de la femme : Henriette la céleste s’opposant à Arabelle la charnelle ; toutefois, dans son agonie, Henriette se prend un instant à regretter d’avoir imposé silence à son corps, et même si cette dernière tentation est sublimée par la mort qui achève sa passion (aux deux sens du terme), un pan a été levé, invitant le lecteur à saisir le travail obscur du désir dans l’ensemble de l’œuvre. De sorte que le discours religieux doit aussi être compris comme une sublimation du désir, réprimant l’érotique dans un Amour divin qui ne le réduit pourtant pas entièrement au mutisme. L’ambiguïté symbolique du lys (pureté mais aussi symbole du sexe féminin), de l’eau baignant la vallée ou encore des bouquets souvent fort suggestifs composés par Félix (et acceptés par Henriette...) trahit la présence en sous-main d’une voix du désir qui colore sans doute bien différemment le texte, jusque dans la scène trouble où Félix porte Henriette évanouie dans sa chambre. Sans doute peut-on lire ici la place problématique réservée au désir féminin dans la société : celle du prudent repli sur la maternité qui ne voile pas tout à fait sa parole désirante.

 Le personnage de Félix: Une éducation manquée

Comment apprécier dès lors cette éducation à l’amour et à la vie que constitue également Le Lys ? Aucun des ingrédients de la formation d’un jeune homme n’est omis, pas même les fameuses recommandations de la femme qui connaît le monde (ici sous la forme d’une lettre que ne désavouerait pas Vautrin), mais au bout du compte, le lecteur en saisit comme Natalie les limites. En remar­quant d’abord que ce qui semble unir les deux amants, c’est avant tout un manque maternel qui leur donne un rôle : celui de l’enfant pour Félix, de la mère a(i)mante pour Henriette. L’idéal est donc d’abord fonction d’une frustration. Plus nette encore est la mau­vaise foi de Félix, qui ne veut pas comprendre le désir de son amante et préfère truquer a posteriori la situation, pour contenir Henriette dans le cadre d’une sainteté qui a surtout l’avantage de le dédouaner, d’éloigner de lui le spectre d’une culpabilité dont Natalie relève les traces chez cet homme, exactement, irresponsable.

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