Sujet de dissertation: Le langage exprime-t-il les idées ou les choses?

 Introduction:

Que se passe-t-il lorsque nous parlons ? Qu’est-ce qui se communique à travers le langage : une subjectivité, avec ses idées et ses sentiments, ou au contraire l’objectivité du monde ? Parler, est-ce « s’exprimer », c’est-à-dire communiquer à autrui une intériorité, ce qui se passe en nous ? Ou bien parler, est-ce porter le monde au langage, décrire la réalité à travers des mots ? Comment s’articulent, dans le langage, la pensée et les choses ?

 I.  Le langage comme mise en paroles du monde.

A/ Le discours scientifique.

1. La science comme discours théorique visant à rendre compte de la réalité.

2. La science, constatant l’insuffisance du langage courant, est amenée à élaborer son propre langage (conceptuel ou mathématique) lui permettant de poser et de résoudre ses problèmes.

3.  Ce faisant, elle ne fait, selon la science classique, que déchiffrer le langage de la nature elle-même.

Citation : « La nature est écrite en langage mathématique. » (Galilée) C’est parce que la structure du monde est elle-même un langage (un ensemble de lois) que les mathématiques  peuvent nous Fournir l’instrument pour la déchiffrer.

 

 B/ L’interrogation philosophique.

 1. Selon Platon, la philosophie apparaît avec l’étonnement que fait naître en nous le contact du monde.

2. Cet étonnement prend la forme d’un questionnement.

 Philosopher,  c’est éprouver e besoin de penser et de s’interroger au contact des choses et des autres.

3. Ce questionnement donne lieu à un dialogue avec autrui. La pensée « est le dialogue silencieux de l’âme avec elle-même ». (Platon) Loin que le dialogue soit seulement l’expression de ma pensée intérieure, c’est plutôt la pensée qui résulte d’une intériorisation du dialogue avec autrui.

4. Pour que le monde puisse être interprété, ne faut-il pas qu’il soit lui-même fait de signes, qu’il ait un sens que le philosophe n’ait plus qu’à déchiffrer? (Michel Foucault)

Citations : « le monde est une grammaire que Dieu nous parle. » (Berkeley) Pour comprendre le monde qui nous entoure, il n’est que de « lire dans le grand livre de la nature », (Descartes)

C/La parole poétique.

1. La poésie est aussi un registre du langage tentant de rendre compte d’une expérience du monde.

EX : La parole poétique dans Le parti pris des choses de Francis Ponge.

2. Le langage, modelé sur les choses, est inapte à exprimer les nuances de la subjectivité. (Bergson)

3.  La poésie comme mise en œuvre du monde.

Citation : Le monde est fait pour aboutir dans un beau livre » (Stéphane Mallarmé)

 II.  Le langage comme expression de la subjectivité

A/ La fonction expressive de la parole : parler c’est toujours dire « je ».

1. « Les mots sont les symboles des états de l’âme. » (Aristote)

Les mots ne signifient pas les choses mais expriment les pensées et les émotions.

2. Dans toute parole est présente une fonction « expressive » ou émotive à travers laquelle le sujet parlant s’exprime lui-même et exprime sa position vis-à-vis de ce dont il parle. (R. Jakobson)

B/ Les mots ne sont que des métaphores pour désigner les choses. (Nietzsche)

1. L’élaboration du langage est contemporaine de la mentalité animiste: l’homme projette sa propre subjectivité sur les choses.

« Partout où les hommes plaçaient un nouveau mot, ils croyaient avoir fait une découverte. » (Nietzsche. )

2.  En plaçant des mots sur les choses, ils avaient l’illusion d’avoir découvert des entités censées expliquer les phénomènes observés.

Les mots peuplent le monde d’entités qui ne sont que des solutions verbales aux problèmes que ‘esprit rencontre.

3. Les mots de la langue ne sont que le symptôme d’un problème confusément perçu. Chaque mot n’est que le programme d’une science à naître, alors qu’il paraît d’abord être une explication.

Citation : «  Ils avaient tout juste effleuré un problème, et, croyant l’avoir résolu, ils avaient fabriqué un obstacle à sa solution. » (Nietzsche) La parole est à la fois l’organe et l’obstacle de notre relation au monde.

C/ La poésie lyrique.

1. La poésie comme expression des sentiments, des émotions.

La poésie lyrique, ou élégiaque, peint le monde aux couleurs de l’affect qui domine l’âme du poète.

2. La musique comme langage des passions dans la théorie romantique.

 III. Le langage comme médiateur du rapport du sujet au monde

A/ Le langage est plus qu’un moyen d’expression : une condition de la conscience.

1. Il n’y a pas de conscience antérieure au langage que le langage n’aurait plus pour fonction que d’exprimer. (Nietzsche)

2. La conscience elle-même naît de sa confrontation au monde.

Citation : La conscience est la couche la plus superficielle de notre psychisme, celle exposée à la réalité extérieure. (Freud)

3.  La conscience est une conséquence et non une condition de la communication. (Nietzsche)

B/  La passion s’exprime, et donc s’éprouve, toujours à travers des codes.

1. Les passions humaines se structurent de façon culturelle à travers les mythes, les épopées, les romans, la poésie.

Ex.:l’amour courtois, l’amour romantique. Cf. L ‘Amour et l’Occident, de Denis de Rougemont.

2. Il y a donc un langage chiffré des passions, culturellement déterminé, et qui peut profondément varier d’une civilisation à une autre.

C/ Pour la science contemporaine, les mathématiques ne constituent plus le langage de la réalité mais celui de notre rapport à la réalité.

1. Les mathématiques sont le langage de notre mode d’accès à la nature, non celui de la nature elle- même. Elles sont le langage de la physique, non celui de la nature. (Contrairement à ce que pensait Galilée)

Citation : « Les mathématiques  constituent  le langage à l’aide duquel une question peut être posée et résolue. » (W. Heisenberg)

2.  Dès lors, le statut des théories scientifiques est modifié : il ne s’agit plus de déchiffrer la nature, mais de construire des modèles pour la penser.

 Conclusion de la dissertation :  

Demander si le langage exprime les pensées ou les choses, c’est présupposer d’une part que la fonction du langage est une fonction d’expression, et d’autre part que le langage exprime soit les pensées, soit les choses. Or, réduire le langage à un rôle d’expression, c’est dire que la conscience et la pensée existent d’abord comme intériorité sans rien devoir au langage, et que le langage n’intervient que dans un second temps pour permettre d’exprimer cette intériorité. Or nous avons besoin du langage pour pouvoir penser, avant d’exprimer, à travers lui, nos pensées. Définir la conscience comme une intériorité pose aussi un problème, puisque la conscience ne contient rien qu’elle n’emprunte au monde; nos idées portent sur le réel ou ne portent sur rien. Le langage n’est-il pas plutôt le milieu qui permet à la pensée et au monde d’entrer en contact, la toile de fond de tous nos échanges avec le monde ? Notre rapport au monde, notre perception du monde sont médiatisés par une langue, c’est-à-dire par l’expression d’une société, du rapport d’un groupe d’hommes déterminé avec le monde qui l’entoure .

Fin de la dissertation 

 

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