L’étymologie révèle le sens du mot « autobiogra­phie » : graphein, écrire, bio, une vie, auto, soi- même. Dans l’autobiographie, l’auteur, celui qui publie et signe un ouvrage, en est aussi le narra­teur, celui qui raconte, et le personnage princi­pal, le héros. Ainsi, Je suis moi-même la matière de mon livre, dit Montaigne, et Rousseau : Je veux montrer à mes semblables un homme dans toute la vérité de la nature, et cet homme, ce sera moi.

I- Différentes formes d’autobiographie

Les exemples de Montaigne et de Rousseau sou­lignent que « l’écriture du moi » est un genre his­toriquement ancien, sous des aspects et sous des noms divers : Confessions, Essais, Mémoires, Souvenirs, Vie de... Les termes choisis attirent l’attention sur des orientations différentes. SI Mémoires évoque davantage les souvenirs, Confes­sions, par sa connotation morale et religieuse, oriente vers l’aveu et la recherche d’un pardon. L’historique des écrits autobiographiques fait remon­ter au IVe siècle après Jésus-Christ : les Confes­sions de saint Augustin ouvrent la vole. Par la suite, Montaigne, Rousseau, Chateaubriand, Stendhal, Mauriac, Simone de Beauvoir, M. Leiris et N. Sarraute constituent une véritable lignée d’autobiographes qui ont livré leur vie au public tout en s’interrogeant sur la nature et sur la finalité de leur démarche.

II- Caractéristiques de l’écriture autobiographique

  • L’importance du « je »

L’autobiographie est écrite à la première personne. Le je y représente à la fois celui qui écrit et celui dont II s’agit. Cette situation du je narrateur, auteur et héros Implique une sorte de dédoublement : celui qui raconte se détache de celui qu’il met en scène. Il le fait vivre, présente ce qu’il fait, l’observe, explique ses agissements.

  • Les modalités d’écriture

L'autobiographie est aussi caractérisée par une alternance de récit et d’analyse. Cette coexis­tence se révèle dans l’œuvre de N. Sarraute, Enfance, qui se présente comme une narration/dialogue à deux voix : la voix qui raconte et la voix qui s’interroge pour savoir s’il est utile de raconter sa vie.

  • Le jeu des temps

L’autobiographie est une forme d'écriture qui se tourne vers le passé : c’est à l’âge adulte que l’on envisage de faire revivre sa vie antérieure. Le récit rétrospectif se trouve donc constamment décalé par rapport au présent de l’écriture. Rousseau ouvre ses Confessions par une affirmation au présent : Je forme une entreprise, puis utilise le passé lorsqu’il commence le récit de sa vie. Chateaubriand rapporte dans l’épisode de Montboissier, comment un épisode récent (vécu la veille du jour où il écrit) l’a replongé dans un passé lointain.

  • Mémoire et sincérité

La mémoire permet la réminiscence. Et ce rap­pel des souvenirs pose le problème de la sincé­rité : comment être vraiment sincère si l’on doit, comme Rousseau, faire appel à son imagination pour compenser une mémoire défaillante ? Il est rare que les autobiographes n’envisagent pas cette question, Indissociable des enjeux et de la finalité de leurs écrits.

 III- Enjeux de l’autobiographie

Faire échec à l’oubli et au temps est un objectif souvent évoqué. Montaigne pense à la mort pro­chaine, et Nathalie Sarraute fait un retour vers son enfance parce qu’elle vit dans un monde où tout fluctue, se transforme, s’échappe.

L’analyse des années de formation de la person­nalité permet de mieux comprendre les méca­nismes psychologiques et de mieux se connaître. Chateaubriand confie ainsi qu’il a tenté d’expli­quer son inexplicable cœur. La notion de confes­sion souligne l’idée d’une introspection morale, d’un examen de conscience.

L’autobiographie est enfin une manière de porter témoignage sur une époque à travers un regard original, surtout lorsque le narrateur y a joué un rôle officiel. Dans les Mémoires d’outre-tombe, Cha­teaubriand affirme qu’il a pour objectif de donner de lui une image capable de rectifier celle que ses ennemis ont forgée de lui dans leurs attaques. Derrière ces différentes raisons, analysées et expo­sées par les auteurs d’autobiographies, se profile le désir d’une relation privilégiée avec un lecteur. Juge, témoin, confident, cosignataire d’un «pacte » qui fait de la sincérité un Impératif essentiel, Il est celui que le narrateur cherche à persuader, char­mer, ou à Intéresser à un destin Individuel, repré­sentatif de la condition humaine.

IV- Les genres voisins de l'autobiographie

D'autres formes de récit de vie sont écrites à la lère personne : l’auteur, le narrateur et le personnage principal du récit sont une seule et même personne.

  • Le journal intime

Le journal intime s’élabore au jour le jour et « en secret ». Le moment de la rédaction est très proche des événements. La lecture d’un journal intime est moins aisée que celle des autres récits personnels. Répétitif, sans struc­ture, il n’est pas écrit pour séduire, pour valo­riser l’intelligence et la sensibilité de son auteur. Il n’a pas d’autre destinataire que l’au­teur lui-même : un journal intime publié par son auteur est un faux journal intime.

On écrit son journal pour guider sa vie, surmonter une crise, aider sa mémoire.

  • Les mémoires

Les mémoires sont un récit écrit d’événe­ments auxquels l’auteur a participé, ou dont il a été témoin. Il a joué un rôle important dans l’Histoire, soit comme témoin privilégié, soit comme acteur qui a eu une influence sur la vie d’un peuple, d’une nation, d’un État (-fAubrac, p. 50).

Le mémorialiste donne des informations particulières pour servir l’Histoire. Il a une cer­taine objectivité sur les événements. Son but n’est pas de mieux se connaître lui-même mais de communiquer ses expériences et sa vision personnelle de l’Histoire.

V- Bibliographie

Des classiques

  • Jean-Jacques Rousseau, Les Confessions,Folio.
  • Chateaubriand, Mémoires d'outre-tombe, Livre de poche.
  • Jules Vallès, L’Enfant, Livre de poche.
  • Maxime Gorki, Enfance, Livre de poche.
  • Jean-Paul Sartre, Les Mots, Folio.
  • Simone de Beauvoir, Mémoires d’une jeune fille rangée, Folio.
  • Marcel Pagnol, La Gloire de mon père, Presses Pocket.
  • Taha-Hussein, Le Livre des jours, Gallimard, « L’Imaginaire ».

Les enfances difficiles

  • Romain Gary, La Promesse de l’aube, Folio.
  • Richard Wright, Black Boy, Gallimard, « 1 000 soleils ».
  • Roald Dahl, Moi, Boy, Gallimard, « 1 000 soleils ».
  • Camara Laye, L'Enfant noir, Pocket.
  • Jacques Lanzmann, Le Têtard, Livre de poche.
  • Azouz Begag, Le Gône du Chââba, Seuil, « Points Virgule ».

Les enfances rurales

  • Emilie Caries, Une soupe aux herbes sauvages, Livre de poche.
  • André Chamson, Le Chiffre de nos jours, Folio.
  • J. Cressot, Le Pain au lièvre, Livre de poche.

Romans autobiographiques

  • Flervé Bazin, Vipère au poing, Livre de poche.
  • Alphonse Daudet, Le Petit Chose, Livre de poche.
  • Jules Renard, Poil de carotte, Livre de poche.
  • B. Lowery, La Cicatrice, J’ai lu.
  • L. R. Touati, Roquebasse, La Farandole.
  • N. Peck, Vie et Mort d’un cochon, Poche Jeu­nesse.
  • Susie Morgensten, Premier amour, dernier amour, Folio Junior.

Journaux intimes

  • Anne Frank, Journal, Livre de poche.
  • W. Przybylska, Journal de Wanda, Poche Jeunesse.
  • Stéphanie, Des cornichons au chocolat, Livre de poche.

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