Le naturalisme scientifique

C’est en quelque sorte l’invité surprise qui perturbe quelque peu le débat parfois un peu trop simple opposant les deux premiers. Vous ne pouvez l’ignorer au vu de l’importance de la science aujourd’hui et vous ne devez surtout pas le confondre avec le premier: en effet, la position traditionnelle admet peu ou prou le caractère «extraordinaire» de l’homme, ce que refuse l’orthodoxie scientifique. Qu’est-ce à dire?

Dans la mesure où la méthode scientifique récuse le finalisme, cette conception, qu’il ne faut pas caricaturer, ne nie pas que l’homme possède des particularités mais les inscrit dans le prolongement d’une nature, notamment animale, avec laquelle on ne rompt pas. Or ce naturalisme est en quelque sorte contre-intuitif: comme Spinoza l’a remarqué, l’homme est spontanément anthropocentré, se croit «un empire dans l’empire », libre, poursuivant des valeurs et répugnant à dépasser ce qui, pour ce philosophe, est pure illusion. On notera que les sciences sociales sont particulièrement travaillées par ce débat. À côté d’une sociologie «scientifique », voire scientiste, défendue notamment à l’origine par Spencer, existe une autre option méthodologique: celle prenant au sérieux le caractère non naturel de la société et prônant, par conséquent, l’invention d’une méthode scientifique originale. Ainsi la sociologie herméneutique élaborée par Dilthey considère que les phénomènes humains peuvent se comprendre et non s’expliquer, en raison de la conscience et de la liberté humaines.

Un deuxième grand type de sujets portera sur la question du fonctionnement et de la légitimité de la société. Pour y répondre, il est indispensable de maîtriser les rapports entre l’individu, la société civile et I ‘État. La distinction entre les deux derniers termes, relativement tardive dans l’histoire des idées (ce sont les théoriciens des Lumières écossaises — Hume, Smith, Ferguson — qui ont thématisé pour elle-même la société civile comme sphère de relations non étatiques au XVIII siècle), ne saurait être méconnue aujourd’hui.

La place et le rôle de l’individu dans la société

Un certain nombre de sujets porteront sur le rapport entre le tout, la société, et ses parties, les individus. À la position holiste (le tout est plus que la somme de ses parties) s’oppose la position individualiste ou atomiste (le tout n’est rien de plus que la somme de ses parties et se rapproche du tas). On peut exprimer ce problème de multiples façons. Qu’est-ce qui est premier : l’individu ou la société? Il ne s’agit pas bien sûr de s’interroger sur une primauté réelle, chronologique, mais sur une primauté logique, conceptuelle. Et cette primauté, qui recoupe en partie l’opposition naturalisme / contractualisme, débouche immédiatement sur la question des valeurs : est-ce que l’individu, et son bonheur par exemple, sont le but de la société ou est-ce l’inverse, l’individu se devant alors d’être au service de cette société qui vaut plus que lui? Cette opposition s’applique à des questions très concrètes, comme l’organisation de la sphère des échanges. L’individu en est-il le moteur, la façonnant à son gré ou, au contraire, le produit en subissant ses lois? On aborde ici l’actualité brûlante, comme les problèmes du libéralisme économique.

Questions de gouvernement et de souveraineté

Les questions portant sur l’individu débouchent ainsi naturellement sur celles portant sur le gouvernement de la société par l’tat. Pour y répondre, il faudra vous demander quel doit être le fondement du pouvoir politique pour qu’il gouverne d’une manière souhaitable la société civile et que l’on puisse qualifier de juste la société politique ainsi formée. La philosophie politique, engageant des questions morales et juridiques, vous fournira des critères de légitimité (respect du droit naturel, efficacité, compétence des gouvernants, etc.) pour interroger des problèmes de société actuels comme l’inégalité de la répartition des richesses.

Traiter ce type de sujet vous obligera à porter des jugements de valeur. C’est toujours une mauvaise tactique, quand on vous demande de le faire, d’essayer une position « molle» en vous disant que cela vous garantit l’indulgence du correcteur: cela risque surtout de faire une copie confuse, passe- partout, qui rate la radicalité du problème. Vous avez donc intérêt, sur ces questions politiques, à vous forger avant l’épreuve vos propres solutions. Aucune ou presque n’est interdite : mais bien évidemment, plus vous vous éloignez des réponses attendues, plus il faudra adopter un ton mesuré, être informé pour ne pas caricaturer l’adversaire et argumenter pour ne pas lui opposer une simple fin de non recevoir.

Les sujets sur la société sont susceptibles de porter sur l’ensemble des phénomènes humains pour autant que les hommes vivent toujours en compagnie les uns des autres. Ainsi un certain nombre d’énoncés vous demanderont-ils d’effectuer un gros plan sur un des constituants de la sphère sociale, qu’il s’agisse d’un ingrédient ou d’une relation. Si, en droit, la liste est infinie (l’art, la morale, la connaissance, les mythes, la politesse, etc.) et que les sujets portant sur ce champ exigent un minimum de connaissances spécifiques, il ne faut cependant pas céder à la panique.

Tout d’abord, utilisez les ressources de la culture commune : si un terme vous semble anecdotique, voyez ses emplois en français, les expressions toutes faites dont il fait partie et ses champs d’utilisation. Vous vous apercevrez alors qu’il renvoie à un élément majeur constitutif de la société.

Dès lors, vous aurez de quoi le raccrocher aux problématiques solides des axes précédents, qui vous permettront de donnez consistance au sujet, même si au départ la question semblait anecdotique.

Enfin, et c’est pourquoi le travail au cours de l’année est indispensable, il y a de grande chance que vous ayez rencontré cet élément sous une forme ou sous une autre lors de votre préparation : un sujet général vous demande toujours, en effet, de développer des arguments, et ces derniers s’appuient bien souvent sur un domaine particulier de la société qui illustre ou vérifie votre thèse générale. En vous entraînant régulièrement, vous éliminerez quasiment le risque de faire le grand saut dans l’inconnu.

Extrait de La société, ouvrage collectif, H&K, 2011


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