Le petit prince est un conte d’Antoine de Saint-Exupéry (1900-1944), publié avec des illustrations de l’auteur, dans une traduction anglaise, à New York chez Reynal & Hitchcock en 1943, et dans sa version française à Paris chez Gallimard en 1945. Fabuleux succès de librairie, il a été vendu depuis lors à plus de 6 millions d’exemplaires.

Le petit prince de Saint Exupéry

Qui est Saint-Exupéry, l'auteur du Petit Prince ?

Saint-Exupéry (1900-1944) aurait pu n’être qu’un acteur et un témoin privilégié des progrès de l’aviation moderne. Or, plongeant dans la morale héroïquede son temps, renouant avec la tradition cornélienne, Saint-Exupéry s’interroge sur le sens à donner à l’action qui se transforme en combat contre les éléments et contre le destin.

A l’exemple de ses contemporains qui relatent leur expérience personnelle dans leurs récits, Saint-Exupéry chasse le romanesque pour restituer dans Vol de nuit (1931) et Terre des hommes (1939) son aventure de pionnier et ses réflexes de moraliste. Saint-Exupéry a légué son exemple à l’avenir. Son œuvre est sa vie. Et sa vie fut en péril permanent. En 1941, il relate dans Pilote de guerre une mission au-dessus des lignes allemandes et exprime la dualité de ses idéaux, partagés entre son huma­nisme qui lui inspire des sentiments fraternels pour tous les hommes, et son patriotisme qui lui impose la lutte armée.

Mystérieusement disparu à bord d’un appareil de reconnaissance, Saint-Exupéry n’a cessé par la suite de hanter l’imagination de la jeunesse, qui a transformé l’auteur du Petit Prince ( 1943) en personnage mythique, en héros de l’époque moderne. Saint-Exupéry conte comment il dut aller survoler Arras à 700 mètres d’altitude, c’est-à-dire avec toutes les chances de voir son appareil abattu, fin mai 1940, alors que toute l’armée française bat en retraite et qu’il sait d’avance que cette mission est aussi inutile que périlleuse.

Son avion est pris sous le feu des batteries allemandes et les nuages formés par les éclatements des obus constituent une sorte de « diadème » au-dessus de lui.

Résumé du Petit Prince 

Le narrateur évoque ses premiers dessins, son enfance solitaire, sa décision de devenir pilote (chap. 1), raconte enfin comment, à la suite d’une panne, il y a six ans, il dut poser son avion en plein Sahara. C’est là qu’il a rencontré le Petit Prince (2). Celui-ci lui révèle qu’il vient d’une autre planète (3), lui demande de lui dessiner un mouton et se permet de nombreuses digressions sur l’astéroïde B 612, sur la mentalité des adultes, leur sérieux, les baobabs qui envahissent sa petite planète avec ses merveilleux couchers de soleil et son unique fleur: une rose (4-8). Les voyages interplanétaires du Petit Prince l’ont amené à découvrir une galerie de portraits (9): le roi d’un empire illusoire (10), le vaniteux (11), le buveur (12), le businessman (13), l’allumeur de réverbères (14), le géographe (15). Sur la terre, il rencontre, en plus grand nombre encore, tous les types précédents (16) auxquels s’ajoutent le serpent qui parle par énigmes (17), un désert fleuri de roses, l’écho, des montagnes variées (18-20) et surtout, le fennec apprivoisé — être unique au monde par l’amour qu’on lui porte (21). Les aiguilleurs (22), le marchand de pilules qui font gagner du temps sont de nouvelles caricatures des préoccupations du monde moderne (23). Cependant, au huitième jour de panne dans le désert, le manque d’eau devient inquiétant: le Petit Prince révèle au narrateur la source inépuisable, trésor que chacun porte en soi (24-25). Mais ce sera bientôt l’heure de la séparation (chap. 26). Désireux de retrouver sa rose, l’enfant se fait piquer volontairement par un serpent, qui le renvoie dans son monde.

Le petit prince : analyse

La narration à la première personne, accompagnée de dessins naïfs, a l’apparence d’un conte pour enfants. La simplicité du ton, la candeur des répliques, l’aspect volontairement irréel et fantaisiste de l’histoire renforcent cette impression de badinage proche du nonsense anglo-saxon. Mais le Petit Prince n’est pas qu’une comptine destinée à amuser le lecteur. Les aspects didactiques, voire moralisateurs, sont évidents; le symbolisme y est omniprésent: dessiné, désiré, le mouton prend vie. Aux baobabs, qui représentent la force aveugle, s’oppose la fleur, fragile et innocente. Le fennec réapprend la véritable amitié au Petit Prince; celui-ci l’enseigne à son tour au pilote égaré. Dans l’aridité désertique du retour sur soi-même semblent renaître les vrais sentiments: ceux que le cœur seul, loin du langage trompeur de la société, peut appréhender.

Récit mystérieux, le Petit Prince est avant tout une réflexion sur la richesse du monde intérieur et, paradoxalement, sur les rapports avec autrui révélés par la détresse et l’apprentissage de la solitude: l’amour, l’amitié, l’attachement, la souffrance que peut engendrer la séparation sont tour à tour découverts, étapes à la fois cruelles et inévitables de la vie affective. Vu à travers les yeux de l’enfance, le monde est une énigme, bien souvent dramatique. Le Petit Prince ne cesse de poser des questions sur le sens de la vie. Les réponses qu’on lui donne sont cocasses dans leur rationalisme abrupt et ne peuvent que mettre en lumière la stupidité des hommes. Aussi est-ce en régressant au niveau de l’enfant que le narrateur pourra enfin progresser sur le chemin du salut et échapper à une lente agonie dans un monde privé de valeurs. 

L’idéalisme farouche, caractéristique de l’humanisme de l’auteur, surmonte finalement toutes les tentations de l’absurde ou du désespoir. Le recours au merveilleux, à l’humour (accentué par les illustrations au style parfois «primitif»), et surtout à la spiritualité, permettent de faire face aux contraintes du destin, aux limitations de la matière et jusqu’à la peur de la disparition physique. Ainsi, d’étoile en étoile, de découverte en découverte, les pérégrinations du personnage éponyme sont autant de voyages initiatiques qui rattachent ce récit poétique à la tradition de la fable philosophique. Dans son étrangeté, le Petit Prince suggère une pluralité d’interprétations et exprime, à l’aide d’un langage imagé, voire ésotérique, un ensemble de conviction éthiques que confirmera Citadelle (1948). 

B. VALETTE


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