Définition de la notion d'engagement en littérature

L’expression « écrivain engagé » vient de J.-P. Sartre, qui l’a définie dans l’essai Situa­tions Il en disant que tout écrivain est en situation dans son époque, et comme tel responsable de chaque parole aussi bien que de chaque silence. Mais bien avant Sartre, il s’est trouvé des écri­vains pour prendre position, témoigner, dénoncer, faisant de leur plume une arme et de leur talent un instrument au service d’une cause.

L’observation du champ sémantique* du mot enga­gement fait apparaître les sens : combat, affirma­tion des convictions, prises de position. Le terme fait donc entrer en jeu la volonté de définir une posi­tion et de s’y tenir, par rapport à un contexte poli­tique, religieux ou social. Mais prendre parti, c’est déjà agir. Pour l’écrivain, l’action consiste à écrire en transformant, selon Sartre, sa plume en épée.

Les circonstances de l'engagement littéraire

Elles mettent en cause des situations dans les­quelles se trouvent bafoués les droits fondamentaux de l’être humain et les impératifs de la conscience.

  • Circonstances religieuses

La violence des guerres de Religion de la Renais­sance a poussé certains écrivains à prendre posi­tion pour ou contre les partis en présence. Ronsard du côté catholique, d’Aubigné du côté protestant s’élèvent contre les massacres et contre les déchi­rements de la nation. Le sentiment d’une appar­tenance nationale, la capacité humaine de s’émou- voir poussent à prendre parti et à dénoncer, parce que l’indifférence et le silence deviennent inac­ceptables dans un contexte de guerre civile.

  • Circonstances politiques

Certaines, très violentes, suscitent des prises de position catégoriques, la Révolution, par exemple, ou les guerres, qui déclenchent aussi bien les pro­testations que les appels à la résistance. L’arbitraire, la destruction conduisent à des témoignages et à des dénonciations. Dans les Châtiments Hugo s’en prend avec vigueur à celui qu’il considère comme un « gredin », un imposteur, Napoléon III, et donne une présentation très négative du régime impérial. Pendant la Seconde Guerre mondiale, l’installation de l’ordre nazi a provoqué la résistance de certains écrivains, malgré les risques (torture, exécutions). Certains y ont laissé leur vie, comme R. Desnos.

  • Circonstances sociales

Elles sont parfois moins violentes. Le XIIIe siècle philosophique en est un exemple. Les philosophes luttent contre une situation politique et sociale qui leur paraît contestable : la monarchie absolue, les inégalités, le régime de la justice constituent un ensemble contre lequel ils exercent leur critique, l’attaquant par des moyens directs ou détournés. Le combat de Zola en faveur du capitaine Dreyfus s’inscrit dans la même ligne : faire triompher la jus­tice dans un contexte de déchaînement antisémite. Au XXe siècle, les prises de position contre le colo­nialisme (Sartre), contre l’apartheid (A. Brink, N. Gordimer, Prix Nobel de littérature en 1991), contre les camps soviétiques (Soljenitsyne), jouent un rôle équivalent.

Les « armes » de la littérature engagée

S’engager, c’est témoigner, prendre position, dénon­cer. L’écrivain le fait par son écriture : adaptant les genres et les styles.

  • La poésie

Le poète engagé peut jouer sur la brièveté d'un poème (18 vers pour « C » de Louis Aragon) ou sur sa longueur (Les Tragiques d’Agrippa D’Aubigné).

Le rythme de la poésie est aussi un élément impor­tant : l’alexandrin assène des formules frappantes (Châtiments) ou développe sur plu­sieurs vers des tableaux ou des récits.

La poésie utilise enfin des figures expressives : anaphore, répétitions, antithèses, parallélismes, métaphores, comparaisons. Par exemple, d’Aubigné comparant la France à une mère déchirée atteint la sensibilité et fait réagir par la force de cette image.

  • Les textes en prose

Narratifs, comme le conte, la lettre ou le roman, ils peuvent être aussi analytiques, comme l’article de dictionnaire. Les textes narratifs mettent en scène des situations qui font réagir, ou qui font réfléchir : Céline dans Voyage au bout de la nuit. Le mélange de fiction et de réa­lité apporte une force supplémentaire en favorisant la concentration d’événements dans le temps. Les textes analytiques font davantage appel au rai­sonnement. Les articles de dictionnaire permettent de définir pour faire ensuite dévier la défi­nition vers la critique (Article « Guerre » du Dictionnaire philosophique de Voltaire). Dans tous les cas, l’utilisa­tion de l’ironie, est un moyen intéres­sant d’attirer l’attention sur le caractère inacceptable de certaines situations. Cela fait partie des armes, puisqu'il est toujours question d’écrire « d’une plume de fer sur un papier d’acier » (Ronsard, Continuation du Discours des misères de ce temps-1562).  


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