I- Origine et définition 

La fable, ou apologue, est un genre narratif court, en vers ou en prose, transmettant une réflexion morale par le moyen d'une histoire fictive qui l'illustre. L'invention de la fable est attribuée à Ésope, un esclave grec du VIe siècle av. J.-C. Le Moyen Âge poursuit la tradition avec les fabliaux et les isopets (petit Ésope). Le plus célèbre des fabulistes français est La Fontaine (XVIIe siècle).

Par son étymologie, fabula en latin, le mot « fable » possède des sens diversifiés : récit oral et plaisant, propos relevant de la conversation, apologue terminé par une moralité. Ainsi se révèlent certaines caractéristiques d’un genre qui remonte à l'Antiquité et dont les fonctions englobent le divertissement, l’enseignement, la réflexion et la critique.

I- Petite histoire du genre

On considère que la création de la fable remonte à l’écrivain grec Ésope (vie siècle avant J.-C.). Cet esclave doté d’un esprit acéré avait pris l’habitude de transcrire en petits récits terminés par une réflexion morale les relations qu’il avait avec son maître. Plus tard, Phèdre (1er siècle avant J.-C.) reprend, en latin, la même Inspiration pour construire de petites fables. Au XVIe siècle, l’Italien Abstemius s’inscrit dans la même lignée de fabulistes. Parallèlement, la littérature orientale offre de nom­breux exemples de petits récits moralisateurs. Ceux de l’Indien Pilpay sont traduits en français en 1644. La Fontaine dispose donc de sources différentes.

II- Les caractéristiques de la fable

La fable est un texte souvent en vers, en général bref, de forme narrative, mettant en scène des êtres humains ou des animaux.

  • Un texte narratif

La fable est un récit. Ce caractère se perçoit à l’exis­tence d’une succession d’actions, de situations ou de faits, à une évolution spatio-temporelle, au pas­sage d’un état Initial à un état final.

Exemple: Ainsi, dans « Le jardinier et son seigneur », le récit suit les étapes de la dégradation du jardin par le seigneur. De même, dans « La jeune veuve », révolution de la situation est soulignée par des articulations chronologiques : Après, Un an se passe, Puis... Les temps verbaux, Imparfait, passé simple, sont ceux du récit. Le présent Intervient pour actualiser la situation ou la généraliser.

  • Les personnages humains

Ils appartiennent à des catégories dont Ils repré­sentent l’exemple type : un jardinier, un seigneur, une veuve, un berger, un sage, deux amis... Faci­lement reconnaissables, Ils sont les porte-parole d’une condition qui entretient avec son environ­nement humain des relations souvent conflictuelles. Ils sont également représentatifs de l’époque (réfé­rences à la Cour chez La Fontaine).

  • Les animaux

Traditionnellement, les personnages des fables sont le plus souvent des animaux dotés de parole. Chargés d’une signification symbolique, ils permettent un phénomène de transposition des comportements et des caractères : la cruauté est représentée par le loup, la ruse par le renard, la puissance par le lion, l’Innocence par l’agneau. La loi naturelle, présentée souvent comme une loi de la jungle, constitue la référence pour décrypter le monde humain.

Exemple: La fable des « Animaux malades de la peste », est tout à fait représen­tative de ce mode de fonctionnement. La situation évoquée, celle d’une épidémie, fait apparaître les problèmes de la culpabilité et la nécessité d'un « bouc émissaire », en l’occurrence le malheureux âne. Il est facile de transposer la situation à celle d’une communauté atteinte par un malheur collectif.

  • Les thèmes de la fable

Ils sont aussi diversifiés que ceux de la vie sociale ou de la vie politique. On trouve les rapports de pou­voir, les conflits familiaux, entre voisins, les riva­lités petites et grandes. Solitude, vieillesse, rela­tions parents/enfants, différentes manières de prendre la vie, rapports de l’homme avec la nature, tout est bon pour le fabuliste qui tire de cette multi­plicité d’anecdotes une morale souvent pessimiste.

  • Le laconisme

Le fabuliste doit être bref. De nombreuses fables conseillent d'ailleurs le laconisme, l'art d'être bref; ceux qui ouvrent la bouche à tort et à travers, comme le Corbeau face au Renard, en pâtissent.

  • L'illusion d'oralité

La fable doit préserver l'illusion de l'oralité. L'auteur utilise souvent le style direct ou indirect libre. Le lecteur se trouve parfois interpellé directement.

  •  Prose ou vers

La fable s'accommode aussi bien de la prose que du vers, mais les mètres utilisés sont alors très variables. C'est ce qu'on appelle le vers libre. Cette liberté permet des ruptures de rythme expressives.

III- Fonctions des fables : plaire et instruire

  • Le divertissement

Récit court, interrompu de dialogues au style direct ou indirect libre, la fable tire son charme d’une concision qui en quelques mots crée un monde d’images et des situations concrètes. Le rythme est donné par les vers de longueur différente, par les articulations logiques et chronologiques. Les mésa­ventures des animaux font rire ou sourire. La mise à distance est suffisante pour éloigner les simili­tudes trop douloureuses. Le lecteur de la fable est le spectateur d’une scène qui le concerne, mais dans laquelle ¡I ne se sent pas réellement Impliqué.

  • L’enseignement

Toute fable comporte une moralité qui ouvre ou ferme le récit. Les vérités énoncées dressent une sorte de bilan de la nature humaine et des fonc­tionnements sociaux : Exemple: "Selon que vous serez puissant ou misérable, /  Les jugements de cour vous rendront blanc ou noir" ("Les animaux malades de la peste" de La Fontaine). On trouve aussi des préceptes de sagesse et des recommandations diverses.

On peut considérer enfin que la fable permet un discours critique à l’abri de la censure. Elle dénonce à travers la mise en scène les dysfonc­tionnements sociaux, politiques et les abus.

Le rôle de la fable est ambigu. La fable conserve une certaine naïveté caracté­ristique de la littérature enfantine, mais la morale qui s'y fait jour est bien cynique pour de jeunes lecteurs ; le fort ou le rusé triomphent toujours du faible et de l'innocent. L'enseignement des fables relève de la prudence plus que de la morale : on apprend aux faibles à se méfier des forts, non aux forts à ne pas abuser des faibles. La fable est souvent satirique; elle dénonce la Cour, la Justice ; les allusions à la vie politique contemporaine y sont nombreuses. Mais on y trouve aussi des préceptes simples sur l'art d'être heureux.


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