Présentation de Sylvie de Nerval

Nerval a donné à sa nouvelle le sous-titre: ≪ Souvenirs du Valois ≫. Il renvoie donc a un temps révolu qui revient, dans la mémoire du narrateur, sous deux aspects: le temps de son enfance et de sa jeunesse et, narré au présent ou au passé simple ou à l’imparfait, son retour sur les lieux de cette enfance. Le lien réel entre les diverses époques: le présent de l’écriture, des souvenirs d’enfance disséminés dans le temps enfoui, le souvenir récent de son retour dans le Valois est constitué par le personnage de Sylvie. Celle-ci est toutefois constamment mise en rapport avec deux autres figures féminines: la religieuse Adrienne et la comédienne Aurélie. Comme le texte joue sur plusieurs époques; il repose également sur trois visages féminins dont deux se présentent différemment selon les périodes évoquées. Sous son apparente simplicité, la nouvelle est construite de façon complexe et propre à dérouter un lecteur naïf.

Résumé commenté de Sylvie par chapitre

Nuit perdue. Jadis ou naguère, ≪ Tous les soirs ≫, le narrateur se trouvait (nous sommes d’emblée dans le souvenir) dans un théâtre où il attendait qu’advienne, sur la scène, ≪ une apparition bien connue≫: une comédienne dont il était amoureux de loin. Il se défie un peu, d’une façon générale, des actrices contre lesquelles un vieil oncle l’a mis en garde. Il évoque, dans la foulée, l’époque décadente dans laquelle il vit. Il apprend, sans que cela suscite sa jalousie, que la jeune femme a un amant. Avant de quitter le théâtre, il jette un coup d’œil sur un journal et découvre que les cours de la Bourse l’ont rendu de nouveau riche. Il écarte la pensée que cette fortune pourrait lui rendre accessible celle pour qui il soupire. Il découvre, dans le journal, un entrefilet qui annonce une ≪ Fête du bouquet provincial ≫ à Loisy, dans le Valois, lieu qui évoque pour lui ≪ les fêtes naïves de la jeunesse ≫.

Adrienne. Rentré chez lui et couché, le narrateur ne trouve pas le sommeil. Il est dans cet état, où l’esprit résiste encore aux bizarres combinaisons du songe, cet état qui permet souvent de voir se presser en quelques minutes les tableaux les plus saillants d’une longue période de la vie. Il revoit un château (probablement celui de Mortefontaine) dans les jardins duquel des jeunes filles font une ronde. Il est le seul garçon. Il est venu là avec la petite Sylvie, une jolie brune. Les règles de la danse le placent au centre du cercle en compagnie d’Adrienne, une jeune fille blonde à qui, ému, il donne un baiser. Pour rentrer dans la danse, la belle doit chanter une romance. Le soir tombant, les jeunes gens se séparent. Le narrateur tresse une couronne de lauriers qu’il pose sur la tête d’Adrienne, comparée à la Béatrice de Dante. Adrienne retourne au château. Sylvie,  quant à elle,  pleure et,  visiblement jalouse et blessée, refuse les consolations du narrateur. De retour à Paris pour ses études, le narrateur garde l’image d’Adrienne dont il apprend qu’elle est destinée à devenir religieuse.

Résolution.  ≪  Tout  m’était  expliqué  par  ce  souvenir  à  demi  rêvé ≫.  Le  narrateur  découvre qu’Adrienne, la religieuse et l’actrice qu’il adore sont peut-être les mêmes. Cette perspective l’angoisse: ≪ Il y a de quoi devenir fou! ≫ Le souvenir de Sylvie s’interpose et le ramène à la réalité. Les souvenirs de l’enfance affluent et le décident à prendre un fiacre pour se rendre à Loisy, à ≪ la fête de l’arc ≫, là ≪ où l’on danse toute la nuit ≫. Durant le voyage vers le Valois, il recompose ≪ les souvenirs du temps où j’y venais si souvent ≫.

Un voyage à Cythère. Durant sa jeunesse (donc après la rencontre d’Adrienne), le narrateur est revenu à Loisy pour ≪ la fête patronale ≫. La traversée d’un lac évoque le tableau de Watteau: Le Voyage à Cythère. Il n’est pas anodin de rappeler que Cythère, île vouée à Aphrodite, déesse de l’amour, est un lieu où l’on se rendait en couple pour y accomplir certaines tendres dévotions. Sur l’île où ont lieu les festivités, le narrateur retrouve Sylvie. Il lui offre une couronne et se rend compte, lorsqu’il la dépose sur son front combien elle a embelli depuis le temps révolu de l’enfance.

Le village. Le narrateur raccompagne Sylvie et son frère à Loisy. Il tente de regagner Montagny, où réside son oncle, mais s’égare vers Ermenonville. Au lever du jour, il aperçoit un couvent. Est-ce le couvent où se trouve Adrienne? Il va retrouver Sylvie qui lui propose de rendre visite à une vieille grand-tante qu’elle a à Othys.

Othys. D’emblée  Sylvie  présente  le  narrateur  à  sa  tante  en disant: ≪ C’est  mon amoureux! ≫ La

vieille femme leur offre un repas succulent. Sylvie se procure la clef, soigneusement cachée, qui permet de monter à la chambre. Ils découvrent, dans des tiroirs, des souvenirs de la jeunesse de la tante et même sa robe de mariée. Ils revêtent les habits de mariés puis redescendent, ainsi vêtus, dans la cuisine, ce qui bouleverse la vieille dame. Le narrateur ressent une impression trouble: il lui semble avoir épousé Sylvie.

Châalis. ≪ Il  est quatre heures du matin ≫. Le narrateur est bientôt arrivé à destination et ses souvenirs cèdent le pas au réel. Il aperçoit l’abbaye de Châalis et se rappelle un moment qu’il y a vécu, naguère,  en  compagnie  du  frère  de  Sylvie.  Ils  ont  alors  assisté,  presque  clandestinement,  à  une représentation ≪ théâtrale ≫, de nature mystique. L’un des personnages est un esprit qui célèbre la gloire du Christ: c’est Adrienne. Le narrateur ne peut décider si ces faits ≪ sont réels, ou bien si je les ai rêvés≫.  Le  souvenir  demeure  indécis,  reste  vague  malgré  des  précisions  minutieuses  quant  au décor. L’atmosphère de cette scène est semi-onirique, mais elle reste profondément ancrée dans la mémoire du narrateur.

Le bal de Loisy. À l’aube le narrateur arrive au bal de Loisy. Il y retrouve Sylvie et lui propose de la raccompagner chez elle. En chemin, il remarque qu’elle a changé. Elle est moins naïve, moins idéaliste, mais toujours belle et attirante. Le temps des amours de jeunesse est passé: il faut se faire une raison. Le narrateur, quant à lui, est ému et voudrait renouer l’ancien lien amoureux. L’arrivée du frère de Sylvie, assez éméché, interrompt la conversation.

Ermenonville. Le narrateur, qui n’a pas sommeil, se rend dans la maison de son oncle défunt, à Montagny. Les lieux sont tristes, lourds de nombreux souvenirs. Il reprend la route de Loisy pour aller voir Sylvie. En chemin, il s’arrête à Ermenonville qui palpite encore du souvenir de Jean-Jacques Rousseau. La nostalgie du temps passé, des fêtes vécues avec Sylvie, le bouleverse.

Le grand frisé. À Loisy, il retrouve Sylvie. Elle est vêtue ≪ presque dans le goût de la ville ≫ et lui fait découvrir sa chambre, ≪ décorée avec simplicité ≫, mais où des meubles modernes ont pris la place de l’ancien mobilier rustique. Ensemble, ils vont se promener. Lui trouve sa vie monotone. Sylvie a beaucoup changé, tâchant de s’adapter au monde comme il va. Au fil des souvenirs, il est question du ≪ frère  de  lait ≫ du narrateur,  le ≪ grand  frisé ≫ et  de  la ≪  bonne  tante ≫ de Sylvie, aujourd’hui décédée.

Retour. Ils arrivent près de l’abbaye de Châalis. Le narrateur se souvient du chant d’Adrienne. Il la rapproche de l’actrice qu’il adule, Aurélie (ce prénom figurant pour la première fois dans le texte). Il enseigne à Sylvie le chant religieux qu’il a entendu, dans ces lieux, de la bouche d’Adrienne. Elle accepte de le chanter en une sorte d’exorcisme

Le père Dodu. Ils reviennent à Loisy sans qu’il ait eu le temps et l’occasion de lui déclarer son amour. Le souper les attend. Parmi les convives, ≪ un vieux bûcheron ≫, le père Dodu, raconte toutes sortes d’anecdotes et notamment ses souvenirs d’enfance concernant Jean-Jacques Rousseau. Le lendemain, le narrateur revoit le ≪ grand frisé ≫ et apprend qu’il est devenu pâtissier et doit épouser Sylvie. Dès le lendemain, le narrateur regagne Paris.

Aurélie. Le soir même, le narrateur est au théâtre et fait porter des fleurs dans la loge d’Aurélie avec une lettre ≪ fort tendre ≫ signée: ≪ un inconnu ≫. Il part dès le lendemain pour l’Allemagne. Sylvie lui a  échappé ≪ par  (sa)  faute ≫. Il apprend qu’Aurélie est malade. Il entreprend d’écrire une pièce de théâtre sur Colonna, peintre italien de la Renaissance, épris d’un amour impossible pour Laura, une religieuse. Il songe bien sûr à Adrienne. Aurélie accepte de jouer le rôle de Laura et l’amour  du narrateur: son amant s’est engagé dans l’armée. L’été suivant le narrateur l’invite dans le Valois et la mène à l’endroit où il a rencontré Adrienne. Il lui raconte ce moment inoubliable: Aurélie en déduit qu’il cherche à travers elle une image d’Adrienne et que, donc, il ne l’aime pas vraiment, elle.

Dernier feuillet. Nous revenons au présent, au moment où le narrateur écrit et achève cette histoire. Il songe d’abord à ce Valois de son enfance qui a définitivement disparu; à Adrienne et Sylvie qu’il a perdues. Le ≪ grand frisé ≫ a épousé Sylvie. Ils ont deux enfants. Le narrateur a, naguère, invité Sylvie à une représentation de sa pièce donnée, avec Aurélie dans le rôle de la religieuse Laura, dans les environs. Il a cherché, en vain, à faire découvrir à Sylvie la ressemblance entre Aurélie et Adrienne. Il apprend de sa compagne qu’Adrienne est morte ≪ vers 1832 ≫.

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