La Cantatrice chauve est la première pièce de Ionesco. Son oeuvre manifeste une volonté de rupture : parodie du théâtre de boulevard aussi bien que du théâtre « à message », elle prend pour instrument le dérèglement des fonctions du langage. La Cantatrice chauve propose une vision satirique du petit-bourgeois, mais elle se signale surtout par l’exhibition parodique des conventions théâtrales et par la déconstruction de la logique et du langage.

I. Une parodie de scène d’exposition

1. Le décor

Les fonctions habituelles du décor sont tournées en dérision :
– la pièce s’ouvre sur un décor classique de drame de boulevard : un intérieur bourgeois
anglais ;
– l’effet de réel attendu est compromis par la répétition insistante de l’adjectif « anglais » dans la didascalie initiale ; de plus, le « feu anglais, le silence anglais, les coups anglais » sont incongrus ; la pendule sonne dix-sept coups (ce qui est pour le moins étonnant, d’autant que Mme Smith commente « Tiens, il est neuf heures »). Tout effet de réalisme est détruit.

2. La dénaturation de l’exposition :

l’exposition a pour fonctions d’apporter les informations nécessaires à la compréhension de la situation initiale, d’amorcer une action ;
– la première réplique de Mme Smith présente successivement le temps, l’action, le lieu et les personnages. Mais c’est une présentation rigide. De plus, la scène ne donne que le menu du dîner et l’action s’annonce insignifiante (« La prochaine fois, je saurais comment m’y prendre », annonce Mme Smith à propos... de la soupe) ;
– la scène hésite entre le monologue (caricatural car il est composé de phrases calquées sur celles des méthodes d’apprentissage des langues étrangères) et le dialogue (Mr Smith demeure muet et n’émet que des sons inarticulés) ;
– des personnages sans individualité : un couple au nom banal, une épouse qui ne se préoccupe que de tâches ménagères, un mari indifférent ;
– des propos vides de sens : la forme compte plus que le contenu dans les propos de Mme Smith qui semble réviser les règles du degré de l’adjectif.

II. Un comique grinçant

1. Un comique satirique ?

– un effet comique naît de l’accumulation des stéréotypes bourgeois (fauteuils, cheminée, pipe, pantoufles, journal, synonymes du confort bourgeois) ;
– la satire du milieu petit-bourgeois plus encore que celui de la société anglaise constitue le thème apparent de la scène (préoccupations essentiellement matérielles, univers étriqué).

2. Le comique ne repose pas sur des procédés traditionnels :

– le calembour sur le mot « sel » tombe à plat (Mme Smith est la seule à rire, d’un rire inexpressif en raison de l’absence de ponctuation) ;
– le comique provient des incongruités (la première réplique, la fausse logique : « nous avons bien mangé [...] c’est parce que nous habitons dans les environs de Londres »), du vide des propos.

3. Un univers absurde et inquiétant :

– on note surtout l’absence de relations entre les personnages (incommunicabilité) : le langage tourne à vide, il est réduit à sa fonction phatique, mais le contact ne semble même pas avoir lieu car Mr Smith ne répond pas ;
– cela confère une dimension inquiétante à la scène, les personnages sont déshumanisés. La première scène peut paraître déconcertante. « Anti-pièce », La Cantatrice chauve se signale par une double originalité : la dévalorisation du texte théâtral (au dialogue traditionnel se substitue un dialogue absurde) et la contestation de l'illusion réaliste

Voir aussi: 

Fiche : La littérature de l’absurde (1942-1968)

Commentaire de texte : Rhinocéros de Ionesco, acte III, dernière tirade de Bérenger (Lecture analytique)

 

Documents audiovisuels sur la cantatrice chauve: 

1. Résumé audio de la cantatrice chauve scène par scène

2. Représentation de la pièce 

 

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