Quelques citations sur l'aventure :  XVIIe et XVIIIe siècles :

« Et lorsque nous lisons des aventures étranges dans un livre, ou que nous les voyons représenter sur un théâtre, cela excite quelquefois en nous la tristesse, quelquefois la joie, ou l'amour, ou la haine, et généralement toutes les passions, selon la diversité des objets qui s'offrent à notre imagination; mais avec cela nous avons du plaisir de les sentir exciter en nous, et ce plaisir est une joie intellectuelle qui peut aussi bien naître de la tristesse que de toutes les autres passions. » (René Descartes, Les Passions de l'âme (1649), § 147, Tel-Gallimard, 1988, p. 242.)

« Il a une présence d'esprit, et il sait tellement tourner à son avantage les occasions que la fortune lui offre qu'il semble qu'il les ait prévues et désirées. Il aime à raconter ; il veut éblouir indifféremment tous ceux qui l'écoutent par des aventures extraordinaires, et souvent son imagination lui fournit plus que sa mémoire. Il est faux dans la plupart de ses qualités, et ce qui a le plus contribué à sa réputation c'est de savoir donner un beau jour à ses défauts. » (La Rochefoucauld, Maximes et réflexions diverses, "Portrait du cardinal de Retz" (1675), GF-Flammarion, 1997, p. 148-149.)

 « Mon père, homme grave et sage, me donnait de sérieux et d'excellents conseils contre ce qu'il prévoyait être mon dessein. Un matin il m'appela dans sa chambre, où il était retenu par la goutte, et me réprimanda chaleureusement à ce sujet. - "Quelle autre raison as-tu, me dit-il, qu'un penchant aventureux, pour abandonner la maison paternelle et ta patrie, où tu pourrais être poussé, et où tu as l'assurance de faire ta fortune avec de l'application et de l'industrie, et l'assurance d'une vie d'aisance et de plaisir? Il n'y a que les hommes dans l'adversité ou les ambitieux qui s'en vont chercher aventure dans les pays étrangers, pour s'élever par entreprise et se rendre fameux par des actes en dehors de la voie commune ».  (Daniel Defoe, Robinson Crusoé (1719), Folio, 2010, p. 48.)

Le thème de l'aventure au XIXe siècle : citations

« Quand on vient de subir une de ces péripéties de la vie humaine où tout a été mis en question, on est toujours stupéfait que des minutes si pleines ne soient pas plus longues que les autres. »  (Victor Hugo, Quatre-vingt-treize (1874), GF-Flammarion, 1965, p. 318.)

« Tu sais comme les aventures étranges ont un attrait tout-puissant sur moi, comme j'adore tout ce qui est singulier, excessif et périlleux, et avec quelle avidité je dévore les romans et les histoires de voyages ; il n'y a peut-être pas sur la terre de fantaisie plus folle et plus vagabonde que la mienne : eh bien, je ne sais par quelle fatalité cela s'arrange, je n'ai jamais eu une aventure, je n'ai jamais fait un voyage. Pour moi, le tour du monde est le tour de la ville où je suis ; je touche mon horizon de tous les côtés ; je me coudoie avec le réel. Ma vie est celle du coquillage sur le banc de sable, du lierre autour de l'arbre, du grillon dans la cheminée. En vérité, je suis étonné que mes pieds n'aient pas encore pris racine.»  (Théophile Gautier, Mademoiselle de Maupin (1835), GF-Flammarion, 1973, p. 62.)

« On a beau faire : le bonheur est blanc et rose ; on ne peut guère le représenter autrement. Les couleurs tendres lui reviennent de droit.- Il n'a sur sa palette que du vert d'eau, du bleu de ciel et du jaune paille : ses tableaux sont tout dans le clair comme ceux des peintres chinois. - Des fleurs, de la lumière, des parfums, une peau soyeuse et douce qui touche la vôtre, une harmonie voilée et qui vient on ne sait d'où, on est parfaitement heureux avec cela ; il n'y a pas moyen d'être heureux différemment. Moi-même, qui ai le commun en horreur, qui ne rêve qu'aventures étranges, passions fortes, extases délirantes, situations bizarres et difficiles, il faut que je sois tout bêtement heureux de cette manière-là, et, quoi que j'aie fait, je n'ai pu en trouver d'autre. » (Théophile Gautier, Mademoiselle de Maupin (1835), GF-Flammarion, 1973, p. 139.)

«Il n'y a pas de formule pour définir la quantité de nourriture qu'il faut à un esprit ; si pourtant son goût est prédisposé à 1' indépendance, à une brusque venue, à un départ rapide, aux voyages, peut-être aux aventures qui seules sont de la force des plus rapides, il préférera vivre libre avec une nourriture frugale que gavé et dans la contrainte.» (Friedrich Nietzsche, Œuvres, vol. 2, Le gai savoir (1882), V,§ 381, Robert Laffont-Bouquins, 2009, p. 252.)

«Je suis étranger à ce qui vient, à ce qui est, comme à ces boulevards nouveaux, sans tournant, sans aventure de perspective, implacables de ligne droite, qui ne sentent plus le monde de Balzac, qui font penser à quelque Babylone américaine de l'avenir. »  (Edmond et Jules de Goncourt, Idées et sensations, Librairie internationale, 1866, p. 68.)

« ... je fis un tour d'horizon, afin de savoir dans quelle partie de l'univers je venais de m'éveiller. Ulysse, échoué en Ithaque et l'esprit en proie à la déesse, ne s'était point plus agréablement fourvoyé. ]' avais cherché une aventure durant ma vie entière, une simple aventure sans passion, telle qu'il en arrive tous les jours et à d'héroïques voyageurs et me trouver ainsi, un beau matin, par hasard, à la corne d'un bois du Gévaudan, ignorant du nord comme du sud, aussi étranger à ce qui m'entourait que le premier homme sur la terre, continent perdu - c'était trouver réalisée une part de mes rêves quotidiens. » (Robert-Louis Stevenson, Voyage avec un âne dans les Cévennes (1879), GF-Flammarion, 1991, p. 78.)

 « Faut-il que nous ayons l'esprit lent, fermé et peu exigeant, pour nous contenter de ce qui est. Comment se fait-il que le public du monde n'ait pas encore crié : "Au rideau !", n'ait pas demandé l'acte suivant avec d'autres êtres que 1 'homme, d'autres formes, d'autres fêtes, d'autres plantes, d'autres astres, d'autres inventions, d'autres aventures.» (Guy de Maupassant, Sur l'eau (1888), Folio, 2008, p. 62.)

« L’esprit d'aventure existe encore, quoi qu'on en dise ; et tous les hommes ne peuvent pas être chartreux ni toutes les femmes religieuses. Du reste, voyez la nature ; certains animaux se nourrissent de chair, d'autres mangent de l'herbe, et d'autres ... autre chose. Mon avis est qu'il faut laisser aux aptitudes toute liberté de se développer.» (Georges Darien, Le voleur (1897), 10/18, 1971, p. 410-411.)

XXsiècle : citations clés sur l'aventure

 « ... l'esthète et le dilettante voient dans l'aventure surtout une œuvre belle. » (Vladimir Jankélévitch, L'Aventure, l'ennui, le sérieux (1963), Aubier, 1976, p. 29.)

« L'aventure est la façon qu'ont les natures peu artistes de participer, en quelque mesure, à la beauté ; dans beaucoup de vies non artistes l'aventure est le seul moyen d'avoir une existence esthétique et d'entretenir un rapport désintéressé avec l'idéal ; la saison de l'aventure est la seule saison pendant laquelle les hommes les plus sordides, et ceux-là même qui ne sont capables d'être ni peintres, ni musiciens, ni poètes, auront la force de vivre dans le monde des valeurs et de faire des choses qui ne servent à rien.» (Vladimir Jankélévitch, L'Aventure, l'ennui, le sérieux (1963), Aubier, 1976, p. 30.)



« L'aventure déblaye en plein réel des oasis de ferveur et d'intensité ; elle redonne vie à l'instant picaresque, exalte le délicieux décousu de l'existence. » (Vladimir Jankélévitch, L'Aventure, l'ennui, le sérieux (1963), Aubier, 1976, p. 42.)

« ... c'est bien la forme de l'aventure, dans sa plus grande généralité, d'être à l'extérieur de la trame globale de la vie. » (Georg Simmel, Philosophie de la modernité I, « L’aventure » (1922), Payot, 1989, p. 305.)

« C'est justement là où la continuité avec la vie est rejetée par principe, ou même là où elle n'a pas besoin d'être rejetée parce que d'ores et déjà préexiste une qualité d'étranger, d'intouchable, de hors-série - que nous parlons d'aventure. » (Georg Simmel, Philosophie de la modernité I, « L’aventure" (1922), Payot, 1989, p. 307.)

« A tout instant, notre vie est traversée par les tensions qui constituent l'aventure. Mais c'est seulement quand celles-ci sont devenues si violentes qu'elles se sont emparées de la matière sur laquelle elles s'exercent, que l'aventure existe. » (Georg Simmel, Philosophie de la modernité I, "L'aventure" (1922), Payot, 1989, p. 325.)

«Elle n'est assurément qu'un morceau de l'existence parmi d'autres, mais elle fait partie de ces formes qui, par-delà leur simple participation à la vie et toute la contingente de leur contenu particulier, ont la puissance mystérieuse de faire sentir en un instant la somme entière de la vie comme leur accomplissement et leur support qui ne serait là que pour les réaliser. » (Georg Simmel, Philosophie de la modernité!, "L'aventure" (1922), Payot, 1989, p. 325.)

«C'est du désert du Nord que devait leur venir leur chance, l'aventure, l'heure miraculeuse qui sonne une fois au moins pour chacun. À cause de cette vague éventualité, qui, avec le temps, semblait se faire toujours plus incertaine, des hommes faits consumaient ici la meilleure part de leur vie. » (Dino Buzzati, Le désert des Tartares (1945), Robert Laffont, 1977, p. 65.)

«Et puis il y a aussi le sentiment de l'aventure, le sentiment de l'inconnu. En allant en montagne, il y a toujours ce sentiment-là, à moins qu'il ne s'agisse vraiment de voies cent fois, mille fois parcourues ... Mais généralement il n'en est pas ainsi : la route, on doit la chercher. Et cette situation a toujours renouvelé en moi ces sentiments que l'on avait lorsqu'on était enfant, et qu'on jouait dans un pré, et que le buisson, là-bas, au fond, représentait la forêt vierge. » (Dino Buzzati, Mes déserts, entretiens avec Yves Panafieu, Robert Laffont, 1973, p. 84-85.)

«Je n'ai pas eu d'aventures. Il m'est arrivé des histoires, des événements, des incidents, tout ce qu'on voudra. Mais pas des aventures. » (Jean-Paul Sartre, La nausée (1938), Folio, 1997, p. 61.)

« Quelque chose commence pour finir : l'aventure ne se laisse pas mettre de rallonge ; elle n'a de sens que par sa mort. » (Jean-Paul Sartre, La nausée (1938), Folio, 1997, p. 62.)

 « Tout plaisir vit de l'esprit. Et toute aventure de la proximité de la mort, autour de laquelle elle trace ses cercles. » (Ernst Jünger, Approches, drogues et ivresses (1970), Folio, 1991, p. 15.)

«L'aventure est un concentré de la vie ; notre souffle s'accélère, la mort se rapproche. » (Ernst Jünger, Approches, drogues et ivresses (1970), Folio,1991, p. 16.)

« Nous ne disons pas : l'aventure existe, il en est qui la rencontrent chaque jour, mais ceci : l'aventure est de l'ordre de la surprise, il faut parier sur le hasard pour tous et non sur sa confiscation par quelques happy few. » (Pascal Bruckner/ Alain Finkielkraut, Au coin de la rue l'aventure, Seuil, 1979, p.l0-11.)

« Ce qui empêche l'aventure est dérisoirement ce qui conditionne son apparition, l'aventure n'est aventureuse que par les formes qui la circonscrivent et par conséquent la nient. Et l'horreur de la platitude, de la médiocrité constitue en même temps une chance absolue et une raison d'espérer. » (Pascal Bruckner/Alain Finkielkraut, Au coin de la rue l'aventure, Seuil, 1979, p. 262.)

« Quiconque part délibérément en quête d'aventure se met en route pour ne récolter que les fruits d'une mer morte, à moins, en vérité, qu'il ne soit aimé des dieux et grand parmi les héros, comme ce très excellent caballero qu'était don Quichotte de la Manche. Pour ce qui est de nous, mortels ordinaires dont le tempérament médiocre n'est que trop désireux de prendre des géants malfaisants pour d'honnêtes moulins à vent, nous accueillons les aventures comme des visitations angéliques.» (Joseph Conrad, Le Miroir de la mer (1906), Folio, 2008, p. 239.)

« Moi je suis de ceux qui voudraient qu'une révolution éclatât et qu'à la tyrannie intolérable du Bourgeois antique ennemi des aventures, s'opposassent les modernes effervescences d'un Bourgeois casse-cou qui ne voulût plus entendre parler d'aucune barrière. Ce cataclysme répandrait un peu d'agrément sur notre planète.» (Léon Bloy, Exégèse des lieux communs (1913), XXXV, Rivages, 2005, p. 64.)

« La pensée véritable est une expérience. Elle débute par une sorte de changement dans le battement du sang, une lente convulsion, une révolution dans le corps lui-même, et s'achève par une nouvelle prise de conscience, une nouvelle réalité mentale. C'est pourquoi la pensée est une aventure et non un exercice. » (David Herbert Lawrence, Homme d'abord, "Être un homme" (1921), 10/18, 1968, p. 296-297.)

 « En psychanalyse, jamais les mêmes images ne se reproduisent deux fois, ni les mêmes mots. Il faudrait donc l'appeler autrement. J'aimerais mieux : aventure psychique. C'est bien cela : au début d'une séance, on a l'impression d'entrer dans un bois, où l'on ne sait trop si on tombera sur un ami ou sur un brigand. L'aventure terminée, on n'en sait d'ailleurs pas davantage. En cela, la psychanalyse s'apparente au spiritisme.» (Italo Svevo, La conscience de Zeno (1923), Folio, 2008, p. 511.)

«Vivre sans but, c'est laisser disposer de soi l'aventure.» (André Gide, Les faux-monnayeurs (1925), L. de Poche, 1966, p. 441.)

 «J'ai lu, autrefois, Guillaumet, un récit où l'on célébrait ton aventure, et j'ai un vieux compte à régler avec cette image infidèle. On t'y voyait, lançant des boutades de "gavroche", comme si le courage consistait à s'abaisser à des railleries de collégien, au cœur des pires dangers et à l'heure de la mort. On ne te connaissait pas, Guillaumet. Tu n'éprouves pas le besoin, avant de les affronter, de tourner en dérision tes adversaires. En face d'un mauvais orage, tu juges : "Voici un mauvais orage." Tu l'acceptes et tu le mesures. » (Antoine de Saint-Exupéry, Œuvres, Terre des hommes (1939), Bibliothèque de la Pléiade, 1974, p. 160.)

« Le cœur humain a une fâcheuse tendance à appeler destin seulement ce qui l’écrase. Mais le bonheur aussi, à sa manière, est sans raison, puisqu'il est inévitable. L'homme moderne pourtant s'en attribue le mérite, quand il ne le méconnaît pas. Il y aurait beaucoup à dire, au contraire, sur les destins privilégiés de la tragédie grecque et les favoris de la légende qui, comme, Ulysse, au sein des pires aventures, se trouvent sauvés d'eux-mêmes. » (Albert Camus, Le mythe de Sisyphe (1942), Gallimard, 1964, p. 174.)

« Ceux qui peuvent s'exposer au danger sans la pression d'un ordre ou d'une responsabilité précise sont de trois espèces. Il y a ceux qui ont beaucoup de courage naturel, un tempérament dans une large mesure étranger à la peur, une imagination peu tournée au cauchemar ; ceux-là vont souvent au danger avec légèreté, dans un esprit aventureux, sans dépenser beaucoup d'attention pour choisir le danger. Il y a ceux pour qui le courage est difficile, mais qui en puisent l'énergie dans des mobiles impurs. Le désir d'une décoration, la vengeance, la haine, sont des exemples de ce genre de mobiles ; il y en a un très grand nombre, très différents selon les caractères et les circonstances. Il y a ceux qui obéissent à un ordre direct et particulier venu de Dieu.» (Simone Weil, L’enracinement (1943), Gallimard, 1962, p. 258.)

 «Certes, dit Novalis\ une amante inconnue possède un charme magique. Mais l'aspiration à l'inconnu, à l'imprévu, est extrêmement dangereuse et néfaste." Dans la passion plus qu'ailleurs encore, le besoin de constance doit dominer le besoin d'aventure. » (Gaston Bachelard, La psychanalyse du Jeu (1949), Gallimard, 1978, p. 166.)

« ... l'aventure naquit du divorce entre les exigences profondes de l'homme et une civilisation qui n'était plus à sa mesure. » (Roger Stéphane, Portrait de l'aventurier (1950), Grasset, 2004, p. 49.)



« ... on peut interpréter la singularité individuelle comme un échec ou comme un essai, comme une faute ou comme une aventure. Dans la deuxième hypothèse, aucun jugement de valeur négative n'est porté par l'esprit humain, précisément parce que les essais ou aventures que sont les formes vivantes sont considérés moins comme des êtres référables à un type réel préétabli que comme des organisations dont la validité, c'est-à-dire la valeur, est référée à leur réussite de vie éventuelle. Finalement c'est parce que la valeur est dans le vivant qu'aucun jugement de valeur concernant son existence n'est porté sur lui. Là est le sens profond de l'identité, attestée par le langage, entre valeur et santé ; valere en latin c'est se bien porter. » (Georges Canguilhem, La connaissance de la vie (1965), "Le normal et le pathologique" (1951), Vrin, 1969, p. 160.)

« En quittant son pays, son foyer, pendant des périodes prolongées ; en s'exposant à la faim, à la maladie, parfois au danger; en livrant ses habitudes, ses croyances et ses convictions à une profanation dont il se rend complice quand il assume, sans restriction mentale ni arrière-pensée, les formes de vie d'une société étrangère, l'anthropologue pratique l'observation intégrale, celle après quoi il n'y a plus rien, sinon l'absorption définitive - et c'est un risque - de l'observateur par l'objet de son observation. » (Claude Lévi-Strauss, Anthropologie structurale II, "Le champ de l'anthropologie" (1960), Plon, 1973, p. 25.)

« Et l'aventure, la grande aventure, c'est de voir surgir quelque chose d'inconnu chaque jour, dans le même visage, c'est plus grand que tous les voyages autour du monde.» (Alberto Giacometti, Écrits (1990), "Entretien avec André Parinaud" (1962), Hermann, 2004, p. 279.)

 « Comment me suis-je mis en tête, il y a trente ans, de retrouver la capitale de la reine de Saba? L'aventure géographique exerçait alors une fascination qu'elle a perdue. Sa gloire, dont témoignent tant de romans, date de la Belle Époque : l'Europe ignorait les grandes guerres depuis un siècle. » (André Malraux, Antimémoires, Gallimard, 1967, p. 83.)

« ... si, depuis le fond du Moyen Age jusqu'aujourd'hui, "l'aventure" est bien le récit de l' individualité, le passage de l'épique au romanesque, du haut fait à la secrète singularité, des longs exils à la recherche intérieure de l'enfance, des joutes aux fantasmes, s'inscrit lui aussi dans la formation d'une société disciplinaire.» (Michel Foucault, Surveiller et punir. Naissance de la prison (1975), Gallimard, 1994, p. 195.)

 «Elle savourait l'absence totale d'aventures. Aventure : façon d'embrasser le monde. Elle ne voulait plus embrasser le monde. Elle ne voulait plus le monde. Elle savourait le bonheur d'être sans aventures et sans désir d'aventures. » (Milan Kundera, L'identité (1997), Folio, 2001, p. 56.)

« La rationalité occidentale a dépouillé le monde de l'influence des dieux, elle a inventé l'accident, c'est-à-dire l'irruption mortifère d'une série de causalités dont le hasard est le détonateur. » (David Le Breton, Passions du risque, Éditions Métailié, 2000, p. 88.)

XXIsiècle :

« Prosaïque et dérisoire, l'érotisme contemporain ne nous empêche certes pas d'imaginer un Éros aventureux et poétique. Ne pas oublier pourtant qu'aucun équilibre ne s'installe jamais dans la demeure d'Éros, quel que soit l'âge, le sexe, la circonstance: seulement des seuils, des ruptures, des joies brèves, des douleurs lancinantes. » (Dominique Janicaud, Aristote aux Champs-Élysées, encre marine, 2003, p. 81.)

« ... l'aventure ne se situe ni seulement dans un texte ni seulement dans une série d'événements, mais dans leur coïncidence- c'est-à-dire, au sens étymologique du terme, dans le fait de tomber ensemble. » (Giorgio Agamben, L'aventure (2015), Rivages poche, 2016, p. 36.)

«L'idée qu'elle soit quelque chose d'étranger- et donc d'excentrique et d'extravagant- par rapport à la vie ordinaire définit la conception moderne de l'aventure. » (Giorgio Agamben, L'aventure (2015), Rivages poche, 2016, p. 45.)

 

 

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