Apprendre à dire non sans culpabiliser ni se justifier

JE VEUX APPRENDRE À DIRE NON

Je ne sais pas dire non. Mon père était très autoritaire et ma sœur aînée a toujours été assez rebelle contre sa toute puissance. Je me rappelle d’avoir été littéralement terrifiée quand je les entendais crier. J'ai gardé depuis une haine des disputes et la moindre tension me stresse. Comme je ne dis jamais non, par peur de provoquer un conflit, je me retrouve souvent dans des situations pénibles. La dernière fois, je suis allée arroser les plantes et nourrir les animaux de quatre de mes voisins partis en vacances, alors que je continuais moi-même à travailler.

Souvent, je me dis que je suis idiote, parce que je sais bien que dire non ne va pas provoquer un cataclysme, mais c'est plus fort que moi. Samedi dernier, j'étais dans un magasin de sous-vêtements. Je crois que les vendeuses ont un «radar à clientes qui ne savent pas dire non » : l'une d'elles m'a sauté dessus et m'a présenté une dizaine d'articles. Je les ai tous essayés et je suis repartie avec un ensemble de sous-vêtements et une chemise de nuit. Je sais bien que si j'avais dit non, la vendeuse n'en serait pas morte, mais sur le coup, je me suis dit qu'elle avait fait l'effort de déballer tout ça et que si je ne prenais pas au moins un article, elle aurait fait tout cela pour rien ... J'envie beaucoup les gens qui savent dire non sans craindre les représailles. Je me dis qu'ils doivent être plus tranquilles. En tout cas plus tranquilles que moi finalement, moi qui dis toujours oui pour justement avoir la paix ! " Justine, 36 ans.

POURQUOI DIT-ON OUI ALORS QU’ON PENSE NON ?

Les raisons pour lesquelles on dit oui alors qu'on pense le contraire sont multiples. Certaines personnes peuvent avoir peur du conflit. Dire non réveille en elles de vieux souvenirs, conscients ou inconscients, dans lesquels être en désaccord provoquait une punition, une humiliation, la colère de l'autre, voire une « catastrophe ». Le « non » est alors associé à une situation négative, destructrice, effrayante. En outre, ces personnes surestiment souvent l'effet d'un refus et s’imaginent le pire, elles pensent que l'autre ne pourra le supporter. Mais est-ce bien certain ? Non. Nous sommes capables d'entendre quelqu'un nous dire non sans le prendre pour un affront. Pour d'autres, dire oui est une façon de se sentir indispensables, de se rendre sympathiques, agréables et de se faire apprécier ; ils pensent acquérir un peu plus de valeur aux yeux des autres. Ils peuvent aussi estimer qu'en rendant service, l'autre s'en souviendra au moment opportun, ce qui n'est malheureusement pas toujours le cas. Mais c'est surtout la peur de ne pas être aimé qui pousse à dire oui, à ne pas vouloir contredire les autres : « Si je dis non, l'autre va m'abandonner, l'autre ne va plus m'aimer, je vais perdre toute valeur à ses yeux. » Ces personnes considèrent qu’elles ne peuvent avoir de la valeur que dans l'acceptation inconditionnelle de tout ce qui vient de l'autre, même à leur propre détriment, et que c'est pour elles la seule façon de ne pas se faire rejeter.

LES EFFETS NÉGATIFS DU FAUX «OUI»

À court terme, un faux « oui » crée des frustrations, des ruminations, voire des rancunes tenaces. On se dit alors : «C'est toujours les mêmes qui trinquent pendant que d'autres se la coulent douce !» Mais on peut aussi saper son estime de soi en se entant bête et incapable de s'affirmer : « Que je suis idiot d'avoir accepté de rester plus tard ce soir ! » De plus, comme la motivation n’est pas réellement là, on fait les choses à contre cœur, en les bâclant. À plus long terme, on court le risque de se sentir obligé de dire oui à chaque occasion ... En effet, quand on a dit oui une fois, il est plus difficile ensuite de dire non : les commerciaux connaissent bien cette technique de vente (manipulation?) qu'ils appellent « le pied dans la porte» ... Enfin, n'avez­ vous jamais entendu quelqu'un dire d'un de vos collègues par exemple : « T'inquiète pas, tu peux lui demander, il ne dit jamais non ! » Pensez-vous vraiment que ce collègue soit réellement respecté ? Oser dire non, c'est ne pas faire ce que l'on n'a pas envie de faire, ou ce que J'on ne peut pas faire pour une bonne raison. C'est donc une façon de maintenir et de protéger son estime de soi en privilégiant ses propres besoins, son énergie, son temps, voire son argent, pour les consacrer à des activités qui paraissent plus importantes.

Attention, l'idée n'est pas de dire non de façon constante et automatique, mais le dire de temps en temps ne fait-il pas apprécier un peu plus le« oui » que l'on accorde de bon cœur ?

UNE BONNE FAÇON DE DIRE NON

Savoir dire non est un travail qui demande de l'entraînement et qui se pratique régulièrement. Cela nécessite de la fermeté (ce n’est pas à vos chaussures que vous dites non ...), mais il est important de dire non à la demande et non pas à la personne devant vous. Sachez dire non d'abord, mais faites tout de même preuve d'empathie. Essayez éventuellement de chercher avec votre interlocuteur des alternatives possibles le concernant lui et sa demande, pour l'aider sans que ces alternatives soient une contrepartie à votre « non » (eh oui, vous culpabilisez...).

N'hésitez pas à demander un délai pour réfléchir et pour ne pas répondre un « non »qui soit un peu trop abrupt et qui risquerait, pour le coup, d'être mal pris par l'autre. Si besoin est, expliquez votre refus, avec un seul argument de préférence, pour ne pas donner l'impression de vous justifier. Et faites en sorte que votre argument soit authentique ... Car on a toujours du mal à se dépêtrer des demi-vérités dans lesquelles on se lance... Et surtout, un mensonge en appelle souvent d'autres !

 Si vous n'êtes pas sûr de vous, commencez par dire non à des personnes de moindre importance pour vous, comme un vendeur dans un grand magasin par exemple, c’est -à­ dire sans enjeu réel : vous savez bien que ce n'est pas très grave de ne pas lui acheter telle paire de chaussures, il aura bien d'autres clients. Ensuite, augmentez la difficulté progressivement. Pensez à une chose : quand on dit non aux autres, c'est à soi que l'on dit oui...



A RETENIR

Toutes les raisons sont bonnes pour dire oui...

Certaines personnes ont l'impression que dire non à quelqu’un va forcément provoquer un conflit ou la colère de leur interlocuteur. La peur d'être rejeté, de ne plus être aimé, l'lmpresslon de faire plaisir, la demande de reconnaissance, de réciprocité, ou l'envie d'être Indispensable sont autant de (mauvaises) raisons pour dire oui quand on pense non.

Le doigt dans l'engrenage du faux « oui »

Dire oui à mauvais escient provoque, en général, une dévalorisation de l'estime de soi, due à un manque d'affirmation de soi, souvent renforcée par l'attitude des autres, qui ont tendance à profiter, pas forcement méchamment d'ailleurs, de celui qui accepte tout trop vite. Se sacrifier de la sorte entraîne de plus de la frustration et de ta rancune.

Alors comment dire non ?

Pour relativiser, Il faut comprendre qu'on dit non à la requête et non pas à la personne. Être ferme dans son refus est la première étape. Ne pas chercher de fausses excuses, mais un seul argument authentique est la seconde étape. Enfin, aider la personne à qui l'on a refusé quelque chose à trouver une solution, c'est plus facile quand on a déjà dit non…

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