I - Quelles sont les étapes de l'analyse d'un texte argumentatif ?

L’analyse du texte argumentatif doit mettre en évidence la stratégie développée par Fauteur pour convaincre son lecteur. Il est donc nécessaire de dégager la thèse soutenue, les arguments et les illustrations, ainsi que les liens logiques qui structurent le raisonnement.

LA RECHERCHE DE LA SITUATION D'ARGUMENTATION

La situation d’argumentation dépend du contexte dans lequel le texte est écrit. Quel est le thè­me mis en jeu par le discours ? Qui en est l’émetteur ? Qui en est le récepteur ? La réponse à ces questions peut s’appuyer sur l’interprétation du contexte (la date, l’auteur, le titre).

"Dreyfus est innocent, je le jure. J'y engage ma vie, j’y engage mon honneur. À cette heure solennelle, devant ce tribunal qui représente la justice humaine, devant vous, messieurs les jurés, qui êtes l'émanation même de la France, devant le monde entier, je jure que Dreyfus est innocent"Emile Zola, « Déclaration au jury », La Vérité en marche, 1901.

Le cadre historique est celui de l’affaire Dreyfus. L’écrivain argumente pour convaincre le jury.

L’EXAMEN DE LA THÈSE DÉFENDUE

 On appelle thèse du texte l’opinion défendue par l’auteur. La thèse peut être explicite et expri­mée clairement, ou implicite lorsqu’elle est sous-entendue.

"Le droit d’esclavage est nul, non seulement parce qu'il est illé­gitime, mais parce qu'il est absurde et ne signifie rien. Ces mots, esclavage, et droit, sont contradictoires." Jean-Jacques Rousseau, Le Contrat social, 1762.

L’auteur affirme explicitement son refus de l’esclavage, répétant la thèse qu’il défend afin de mieux convaincre son lecteur.

L'ÉTUDE DE L'ORGANISATION DU DISCOURS

Le discours argumentatif s’organise autour de la thèse à défendre : il développe des argu­ments, des preuves, qu’il illustre par des exemples destinés à éclairer et convaincre le lecteur. Les moteurs de l'homme sont le plaisir et la douleur physique.

"Pourquoi la faim est-elle le principe le plus habituel de son acti­vité ? C'est qu'entre tous les besoins, ce dernier est celui qui se renouvelle le plus souvent, et qui commande le plus impérieu­sement. C'est la faim et la difficulté de pourvoir à ce besoin, qui, dans les forêts, donnent aux animaux carnassiers tant de supé­riorité d'esprit sur l'animal pâturant". Helvétius, De l'Homme, 1773.

L’auteur appuie sa thèse sur un argument dont le poids est à son tour renforcé par un exemple.

L’ANALYSE DES PROCÉDÉS RHÉTORIQUES

Le texte argumentatif développe une opinion, un point de vue. Différents procédés rhétoriques viennent appuyer la thèse de l’auteur : appel aux sentiments, ironie, lexique valorisant ou dévalorisant, accumulation, répétition.

II- EXERCICES D'APPLICATION: ANALYSE DE L'ARGUMENTATION:

Exercice1: reconnaître un thème

Quel est le thème de l’extrait suivant ?

« Presse » (droit politique). On demande si la liberté de la presse est avantageuse ou préjudi­ciable à un État. La réponse n'est pas difficile. Il est de la plus grande importance de conser­ver cet usage dans tous les États fondés sur la liberté. 

Jaucourt, article « Presse », L'Encyclopédie, 1751-1772.

Exercice 2: Thème et thèse

  1. Quel est le thème de cet extrait ?
  2. Quelle est la thèse de l’auteur ?

Jamais la vie n'a semblé plus lourde à porter. Après les grandes secousses sociales, on a souvent constaté ce dégoût de vivre, ce besoin du sommeil de la terre. C'est un vent mauvais dont le souffle charrie la mort. L'épidémie du suicide se déclare, comme une peste venue on ne sait d'où.

Émile Zola, Études sur la France contemporaine, 1875-1880.

Exercice 3: thèse, arguments et procédés

  1. Relevez dans le texte suivant la thèse défendue.
  2. Recherchez l’argument utilisé et les exemples qui viennent l’illustrer.
  3. Quelle est la conclusion de l’auteur ?
  4. Sur quels procédés rhétoriques l’auteur s’appuie-t-il ?

Le malheur nous est utile, sans lui les facultés aimantes de notre âme resteraient inactives : il la rend un instrument tout harmonie, dont, au moindre souffle, il sort des murmures inexprimables. Que celui que le chagrin mine s'enfonce dans les forêts ; qu'il erre sous leur voûte mobile ; qu'il gravisse la col­line, d'où l'on découvre, d'un côté de riches campagnes, de l'autre le soleil levant sur des mers étincelantes, dont le vert changeant se glace de cramoisi et de feu ; sa douleur ne tiendra point contre un tel spectacle : non qu'il oublie ceux qu'il aima, car alors ses maux seraient préférables, mais leur souvenir se fondra avec le calme des bois et des cieux : il gardera sa douceur et ne perdra que son amertume. Heureux ceux qui aiment la nature : ils la trouveront, et trouveront seulement elle, au jour de l'adversité.

François-René de Chateaubriand, Essai sur les révolutions, 1797.

Exercice 4: arguments, lexique et images

Guy de Maupassant s’élève vigoureusement contre la construction de la tour Eiffel et expri­me son mécontentement dans les journaux.

  1. Relevez les arguments avancés par l’auteur pour justifier son jugement.
  2. Relevez les mots utilisés pour désigner la tour et classez-les en fonction de leur champ lexical.
  3. Quel est le rôle de l’image, des comparaisons et métaphores, dans ce texte argumentatif ?
  4. Sur le modèle de Maupassant et en utilisant les mêmes procédés, défendez la thèse selon laquelle la tour Eiffel est une œuvre d’art qui fait rêver.

Depuis un mois, tous les journaux illustrés nous présentent l'image affreuse et fantas­tique d'une tour de fer de trois cents mètres qui s'élèvera sur Paris comme une come unique et gigantesque.

Ce monstre poursuit les yeux à la façon d'un cauchemar, hante l'esprit, effraie d'avance les pauvres gens naïfs qui ont conservé le goût de l'architecture artiste, de la ligne et des pro­portions.

Cette pointe de fonte épouvantable n'est curieuse que par sa hauteur. Les femmes colosses ne nous suffisent plus ! Après les phé­nomènes de chair, voici les phénomènes de fer. Cela n'est ni beau, ni gracieux, ni élégant, - c'est grand, voilà tout. On dirait l'entreprise diabolique d'un chaudronnier atteint du délire des grandeurs.

Pourquoi cette tour, pourquoi cette come? Pour étonner ? Pour étonner qui ? Les imbé­ciles. On a donc oublié que le mot art signifie quelque chose.

Guy de Maupassant, « La tour... Prends garde », Gil Blas, 19 octobre 1886.

 

Continuer vers l'étude de l'argumentation : 

Les genres de l'argumentation

La situation d'argumentation

Le texte argumentatif : définition et caractéristiques

La thèse, les arguments et les exemples

Les types d'arguments : exemples et exercices

Les connecteurs logiques: exemples et exercices

Le paragraphe argumentatif par l'exemple

Analyser un texte argumentatif : méthode, exemples et exercices

Étude d'un texte argumentatif : préface de Pierre et Jean de Maupassant

 


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